Semaine du 22 au 28 septembre 2026

LES 3 INFOS QUI COMPTENT CETTE SEMAINE

🔺 Les taux de crédit immobilier repartent à la hausse (3,38 % à 3,67 % selon la durée), portés par une OAT à 10 ans qui flirte avec les 4,5 % — et le gouvernement remet sur la table le gel des APL pour 2027.

🔺 Le CAC 40 met fin à six semaines de baisse consécutives, un scénario vu seulement cinq fois depuis 1988, porté par le repli du pétrole et l’envolée de Société Générale.

🔺 Bitget se fait pirater à hauteur de 350 millions de dollars (la Corée du Nord soupçonnée), mais le Bitcoin signe malgré tout sa meilleure semaine depuis janvier grâce à un déluge d’argent institutionnel sur les ETF.

IMMOBILIER

▸ 🔺 Le crédit immobilier remonte franchement, et ce n’est pas fini. Selon le baromètre Pretto du 20 septembre, les taux moyens atteignent désormais 3,38 % sur 15 ans, 3,52 % sur 20 ans et 3,67 % sur 25 ans. L’Observatoire Crédit Logement/CSA, plus lent à réagir, affichait encore fin août des chiffres nettement plus bas (3,14 % / 3,27 % / 3,35 %) — l’écart entre les deux baromètres donne la mesure de la vitesse à laquelle ça grimpe en ce moment. En cause : l’OAT à 10 ans, la référence des banques pour se financer, qui est passée de 3,68 % en juin à plus de 4,4 % aujourd’hui, dans le sillage d’une BCE qui a elle-même relevé ses taux directeurs le 10 septembre. Sur un prêt de 300 000 € sur 20 ans, chaque dixième de point supplémentaire, c’est environ 20 € de mensualité en plus et près de 4 800 € d’intérêts au total. Si tu as un projet d’achat en cours, mieux vaut ne pas trop traîner sur le verrouillage de ton taux.

▸ 🔺 Le gouvernement veut geler les APL en 2027 — et ce sont les ménages les plus fragiles qui trinquent. L’annonce, faite le 19 septembre dans le cadre du budget, prévoit une non-revalorisation des aides au logement l’an prochain. Sur le papier, la mesure vise à faire des économies budgétaires. Dans les faits, les associations et plusieurs économistes pointent un effet régressif : les femmes seules, les familles monoparentales et les étudiants, déjà les plus exposés depuis les coupes de 2017, seraient les premiers touchés. Et comme souvent avec ce type de gel, une partie de l’aide non revalorisée profite mécaniquement aux propriétaires bailleurs via des loyers qui, eux, continuent de suivre l’inflation.

▸ 🔺 Durcir encore les règles de la location saisonnière ne réglera pas la crise du logement, selon une étude qui devrait faire réfléchir les élus. Alors que la location touristique reste la cible favorite des politiques face à la pénurie de logements locatifs, l’exemple de New York — où l’interdiction est quasi totale depuis 2023 — montre que l’offre de logements disponibles n’a quasiment pas bougé : les loyers ont continué de grimper pour les habitants, et les touristes paient simplement plus cher à l’hôtel. En France, une étude de l’Observatoire français de la location meublée, menée sur plus de 5 000 logements, arrive à une conclusion similaire : à peine 7 % des logements concernés basculeraient réellement en location à l’année si les règles étaient encore durcies. Près d’un propriétaire sur deux ne sait même pas comment il réagirait, preuve que la location saisonnière n’est souvent ni un pur placement locatif ni une simple résidence — c’est un entre-deux qui résiste aux mesures trop binaires.

▸ 🔺 À Marseille, un influenceur immobilier prend 440 000 € d’amende pour avoir joué avec les règles de la location touristique. L’homme, connu pour ses conseils en immobilier sur les réseaux sociaux où il assurait « faire du business, pas de la charité », louait six appartements en meublé de tourisme via plusieurs sociétés, sans jamais déposer les autorisations de changement de destination ni respecter la règle de compensation imposée dans les zones tendues. La mairie de Marseille, qui réclamait 1,5 million d’euros, a obtenu 440 000 € de condamnation — et le dossier est désormais transmis au fisc, les juges ayant relevé un écart entre les revenus Airbnb réels et ceux déclarés. Un signal clair envoyé à tous les propriétaires qui pensent encore que les règles du meublé touristique sont optionnelles.

▸ 🔺 Encadrement des loyers à Paris : un bail sur deux hors des clous, malgré une vraie efficacité du dispositif. Une étude de l’Institut Paris Région, publiée le 24 septembre, confirme que l’encadrement des loyers a limité la hausse des prix d’environ 4 % par rapport aux zones non encadrées — soit près de 450 millions d’euros d’économies par an pour les locataires franciliens concernés. Mais le contournement reste massif : plus de 40 % des baux dépasseraient le plafond légal selon l’Institut, et jusqu’à 46 % selon la Fondation pour le logement des défavorisés, souvent via des « compléments de loyer » abusifs. Paris affiche le deuxième taux de dépassement le plus élevé de France, derrière Plaine Commune (61 %). Les propriétaires en infraction risquent jusqu’à 5 000 € d’amende (15 000 € pour une société) — et le dispositif, qui devait s’arrêter le 26 novembre, pourrait finalement être prolongé jusqu’en 2028, une proposition de loi devant être examinée au Sénat à partir du 21 octobre.fr.

▸ Côté construction, les chiffres restent poussifs : 370 673 logements ont été autorisés à la construction sur un an à fin juillet 2026, un volume toujours inférieur d’environ 8 % à la moyenne des cinq dernières années. La reprise des permis de construire amorcée depuis quelques mois peine encore à se traduire par une remontée équivalente des chantiers effectivement lancés.

▸ En Île-de-France, le stock de logements neufs invendus continue de s’étirer : il faudrait désormais près de 21 mois pour écouler l’offre disponible dans la région, un délai qui traduit la prudence persistante des acheteurs face à des taux qui remontent.

▸ Les banques, de leur côté, restent sélectives sur l’octroi de crédit malgré la remontée des taux : apport personnel toujours scruté de près, taux d’endettement à 35 % max strictement appliqué. La hausse des taux ne s’accompagne donc pas d’un assouplissement des conditions d’accès.

BOURSE

▸ 🔺 Le CAC 40 sort enfin la tête de l’eau après une série exceptionnellement rare. L’indice parisien a enchaîné six semaines de baisse consécutive, un cumul de -7,46 % — un scénario qui ne s’était produit que cinq fois depuis 1988. Pour trouver plus long, il faut remonter à la séquence de sept semaines de mai-juin 1994, voire aux onze semaines de la crise asiatique de 1998. Cette semaine, la série s’arrête : le CAC clôture vendredi à 8 077,80 points (-0,04 % sur la séance, mais +0,16 % sur la semaine). Le déclencheur : un repli du pétrole après une proposition iranienne de rouvrir le détroit d’Ormuz sous sept jours, qui a fait retomber la prime de risque géopolitique. Le WTI a cédé 0,67 % à 94,08 $ et le Brent 0,44 % à 106,30 $.

▸ 🔺 Société Générale, la vraie star boursière de la semaine. Le titre s’envole de +3,49 % sur la semaine, porté par la confirmation d’un plan de retour aux actionnaires de 21 milliards d’euros. Dans un CAC 40 encore convalescent, c’est la preuve qu’il y a de la place pour des histoires individuelles fortes, indépendamment du sentiment de marché global.

▸ Air France-KLM grimpe de son côté de +2,05 %, et Alten signe la meilleure performance individuelle de la semaine avec +7,70 %. À l’inverse, TotalEnergies recule de -1,31 %, logiquement pénalisée par la baisse du pétrole, et Adocia plonge de -24,93 % sur des inquiétudes de liquidité.

▸ Sur le marché obligataire, les rendements allemands et français se sont détendus en fin de semaine, tandis que le taux du Trésor américain à 10 ans grimpait lui à 5,242 % — un écart qui en dit long sur la divergence actuelle entre politique monétaire américaine et européenne.

▸ En comparaison européenne, le CAC reste à la traîne : le DAX allemand progresse de +0,51 % et le FTSE britannique de +0,14 % sur la même séance de vendredi, quand Paris stagne quasiment.

▸ Toile de fond outre-Atlantique : la Fed a relevé son taux directeur à 3,75-4 % mi-septembre, sa première hausse en trois ans. Une décision qui continue d’irriguer les marchés obligataires mondiaux et pèse indirectement sur l’appétit pour le risque, y compris à Paris.

▸ Peu de résultats d’entreprises majeurs cette semaine côté CAC 40, la saison des publications semestrielles étant globalement terminée — l’agenda reprendra son rythme de croisière avec les premiers indicateurs du troisième trimestre en octobre.

CRYPTO

▸ 🔺 Bitget piraté à hauteur de 350 millions de dollars — la Corée du Nord de nouveau pointée du doigt. L’exchange a annoncé le 24 septembre le vol d’environ 352 millions de dollars (jusqu’à 387 millions selon certaines estimations), via des transferts non autorisés depuis plusieurs wallets chauds sur différentes blockchains, touchant principalement ETH, BNB, AVAX et USDT. La CEO Gracy Chen a assuré que les cold wallets restaient intacts et que le fonds de protection des utilisateurs, doté de plus de 464 millions de dollars, permettrait de couvrir les pertes. Les retraits, suspendus le temps d’un audit de sécurité, ont repris ce 28 septembre. Deux jours après le hack, un des pirates a réussi à déplacer 83 millions de dollars en XRP d’une manière que Ripple elle-même ne peut pas geler — un rappel que toutes les blockchains n’offrent pas les mêmes garde-fous en cas de vol.

▸ 🔺 Le Bitcoin encaisse le choc et signe quand même sa meilleure semaine depuis janvier. Le BTC avait touché 86 000 $ mardi 22 septembre, son plus haut niveau depuis huit mois, porté par la liquidation forcée de 800 millions de dollars de positions courtes et surtout par une avalanche de capitaux institutionnels : 999 millions de dollars de flux nets entrants sur les ETF Bitcoin le seul lundi 21 septembre, la meilleure journée depuis octobre 2025, avec IBIT de BlackRock en tête (381 millions), devant ARKB d’ARK (289 millions) et FBTC de Fidelity (239 millions). Les ETF Ethereum n’étaient pas en reste avec 270 millions de dollars de collecte le même jour. La capitalisation totale du marché crypto a d’ailleurs franchi les 3 000 milliards de dollars. Le hack Bitget a ensuite fait redescendre un peu la pression : le Bitcoin consolide ce dimanche 28 septembre sous les 84 000 $, en repli d’environ 0,7 % sur 24h, mais reste largement au-dessus de ses niveaux de fin août.

▸ Le contraste est frappant entre la confiance institutionnelle (les flux ETF ne faiblissent pas) et la méfiance ravivée côté retail après un nouveau piratage majeur d’exchange — le troisième de cette ampleur en 2026 après l’exploit à 320 millions de dollars du Liquid Network plus tôt dans le mois.

▸ Le token natif de Bitget (BGB) a chuté sèchement à l’annonce du hack avant de se stabiliser autour de -2,9 %, signe que le marché a globalement crédité l’exchange sur sa gestion de crise plutôt que de paniquer complètement.

▸ Sur le plan réglementaire, le dossier Clarity Act — le texte censé clarifier le statut des cryptos aux États-Unis — reste bloqué au Sénat américain après un vote manqué de peu (49 voix pour, 60 nécessaires). Tant que ce flou juridique persiste, les épisodes de piratage comme celui de Bitget pèsent d’autant plus lourd sur la confiance du secteur.

▸ Ethereum, de son côté, continue d’attirer des flux réguliers malgré la volatilité ambiante, confirmant sa place de valeur refuge n°2 de l’écosystème crypto aux yeux des investisseurs institutionnels.

▸ Les altcoins ont eux aussi profité du short squeeze de début de semaine : Dogecoin a bondi de près de 20 % sur sept jours, XRP et Cardano ont chacun pris autour de 6 %, pendant que Solana se maintenait près de 116 $. L’indice « altcoin season » reste toutefois autour de 49, signe d’un rebond technique plus que d’une vraie saison des altcoins.

L’ÉCONOMIE FRANÇAISE EN BREF

Le tableau macro reste contrasté. L’Insee table sur une croissance fragilisée pour 2026, avec un acquis d’à peine +0,4 % sur l’année, pendant que l’inflation a franchi la barre des 2 % au printemps, ravivée principalement par la flambée des cours du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient. Le chômage, de son côté, est reparti légèrement à la hausse, à 8,1 % au printemps contre 7,9 % fin 2025. Un contexte de pouvoir d’achat sous pression, sur lequel viennent s’ajouter à la fois la remontée des taux de crédit et le projet de gel des APL — deux décisions qui touchent directement le budget logement des Français, déjà le premier poste de dépense des ménages.

CE QUI SE CROISE CETTE SEMAINE

La hausse de la Fed à 3,75-4 % mi-septembre, sa première en trois ans, n’est pas restée sans conséquence de ce côté-ci de l’Atlantique. Elle a contribué à tirer les rendements obligataires mondiaux vers le haut — le 10 ans américain a fini la semaine à 5,242 % — et, combinée à la propre hausse de taux de la BCE début septembre, elle pousse l’OAT française à 10 ans vers 4,5 %. Résultat concret : c’est elle qui alimente directement la hausse des taux de crédit immobilier que subissent aujourd’hui les futurs acquéreurs, tout en ayant pesé plusieurs semaines durant sur l’appétit pour le risque actions, jusqu’à cette semaine de répit pour le CAC 40.

Il y a aussi une divergence intéressante à observer en crypto : d’un côté, le hack Bitget rappelle brutalement les risques de sécurité propres aux exchanges centralisés et devrait, en théorie, refroidir les investisseurs. De l’autre, les flux ETF sur le Bitcoin n’ont jamais été aussi soutenus, preuve que l’argent institutionnel — qui passe par des véhicules réglementés et ne touche jamais directement un exchange comme Bitget — se détache de plus en plus du risque opérationnel propre aux plateformes crypto natives. Deux mondes de l’investissement crypto qui réagissent de manière quasi opposée au même type d’événement.

Enfin, la détente du pétrole liée à la proposition iranienne sur le détroit d’Ormuz est une bonne nouvelle qui traverse plusieurs de nos rubriques à la fois : elle soulage directement le CAC 40 (dont la remontée de cette semaine doit beaucoup au repli de l’énergie), et elle offre un peu d’air à l’inflation française, elle-même en grande partie alimentée depuis le printemps par les cours du brut. Si cette détente se confirme dans la durée, c’est un facteur qui pourrait peser, avec un peu de retard, sur la trajectoire des taux d’intérêt — et donc, in fine, sur le crédit immobilier.

À l’inverse, le gel des APL et la hausse simultanée des taux de crédit forment une même pince qui se referme sur les ménages les plus modestes : ceux qui louent voient leur aide gelée pendant que les loyers continuent de grimper, et ceux qui voudraient acheter font face à des mensualités toujours plus lourdes. Les deux marchés — locatif et accession — se resserrent en même temps, sans réelle soupape.

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