Semaine du 26 octobre au 1er novembre 2026
L'essentiel en 30 secondes : cette semaine, l'Insee a confirmé le pire cocktail possible pour ton argent : l'économie française recule (-0,1 % au troisième trimestre) pendant que les prix accélèrent (+3,4 % sur un an en octobre, du jamais vu depuis janvier 2024). Croissance négative plus inflation qui monte, c'est le début de ce que les économistes appellent la stagflation. Concrètement, un Livret A à 1,7 % perd désormais 1,7 point de pouvoir d'achat par an, les taux de crédit repassent au-dessus de 4 % pour certains ménages, et Fitch a placé vendredi soir la note de la France sous perspective négative. Dans cet article, je t'explique ce que ça change pour ton épargne, ton crédit et ta retraite, puis tout ce qu'il faut savoir sur l'immobilier, la Bourse de Paris et de New York, et la crypto, où Binance a subi le plus gros braquage de l'histoire.
AU SOMMAIRE
- LES 3 INFOS QUI COMPTENT CETTE SEMAINE
- STAGFLATION : LA FRANCE RECULE, LES PRIX MONTENT, ET FITCH SORT LE CARTON JAUNE
- CE QUE LA STAGFLATION VEUT DIRE POUR TON LIVRET A, TON CRÉDIT ET TA RETRAITE
- ET MAINTENANT ? DEUX SCÉNARIOS POUR LES PROCHAINES SEMAINES
- MON AVIS PERSONNEL : L'INFLATION EST L'IMPÔT QUE PERSONNE NE VOTE
- UN PARALLÈLE AVEC L'HISTOIRE : LA FRANCE DE 1974-1976
- TAXE GIGAOCTET : DES PANSEMENTS SUR UN CANCER
- IMMOBILIER
- BOURSE
- CRYPTO
- L'ÉCONOMIE FRANÇAISE EN BREF
- CE QUI SE CROISE CETTE SEMAINE
- L'ÉVÉNEMENT QUI A MARQUÉ LA SEMAINE
- CE QU'IL FAUT RETENIR
- FAQ : LA STAGFLATION ET TON ARGENT
LES 3 INFOS QUI COMPTENT CETTE SEMAINE
▸ 🔺 L'économie française a reculé de 0,1 % au troisième trimestre pendant que l'inflation grimpait à 3,4 % en octobre, portée par une énergie à +24 % sur un an. Fitch a réagi dès vendredi soir en passant la perspective de la note française à négative, cinq semaines après la bonne surprise de Moody's. Le vote de la partie recettes du budget 2027 a lieu ce mardi 3 novembre.
▸ 🔺 Le CAC 40 reprend 2,4 % sur la semaine à 7 969 points grâce à une pluie de résultats solides (Sanofi, TotalEnergies, Stellantis, les banques), pendant que Wall Street décroche : Alphabet a effacé près de 480 milliards de dollars en une séance, Intel a perdu 28,6 % en un jour et le Nasdaq signe son pire mois depuis mars 2025. La Fed, elle, a maintenu ses taux à 3,75-4 %, avec deux membres qui voulaient déjà une hausse.
▸ 🔺 Binance a subi jeudi le plus gros piratage de l'histoire de la crypto, environ 6,3 milliards de dollars attribués à la Corée du Nord par le FBI. Le bitcoin est tombé jusqu'à 76 300 $ vendredi, les ETF bitcoin ont connu leur pire journée de sorties depuis juin, et le marché démarre la semaine des élections américaines autour de 78 000 $.
STAGFLATION : LA FRANCE RECULE, LES PRIX MONTENT, ET FITCH SORT LE CARTON JAUNE
La réponse courte : au troisième trimestre, l'économie française s'est contractée de 0,1 % alors que l'inflation est remontée à 3,4 % en octobre. Une économie qui recule pendant que les prix accélèrent, c'est la définition de la stagflation, et c'est le pire scénario pour l'épargnant, parce que son argent perd de la valeur sans que les taux ne le compensent.
Je commence par ces deux chiffres parce qu'ils sont tombés le même jour, vendredi 30 octobre, et qu'ensemble ils racontent une autre histoire que chacun pris séparément. La semaine dernière, je t'expliquais que la France empruntait désormais à plus de 5 % sur 10 ans. Cette semaine, on a appris pourquoi ce taux fait aussi mal : l'économie ne grandit plus pour le payer.
Premier chiffre : le produit intérieur brut a reculé de 0,1 % au troisième trimestre, selon la première estimation de l'Insee. Les économistes attendaient +0,1 %, la Banque de France aussi. Après -0,2 % au premier trimestre et 0,0 % au deuxième, ça fait trois trimestres sans aucune croissance. Dans le détail, les exportations plongent de 1,7 % (les matériels de transport, donc Airbus et l'automobile, reculent de 9,1 %), l'investissement baisse de 0,6 % et celui des ménages, autrement dit la construction de logements, de 1,3 %. Seule la consommation tient encore, à +0,4 %, et une bonne partie vient de l'énergie qu'on paie plus cher, pas d'achats en plus.
Traduction : l'acquis de croissance pour 2026 n'est plus que de 0,2 %. Le gouvernement avait construit son budget sur 0,5 %, puis sur 0,4 %. Chaque dixième de point en moins, ce sont des recettes fiscales qui manquent à la fin de l'année.
Deuxième chiffre, publié le même matin : les prix à la consommation ont augmenté de 3,4 % sur un an en octobre, contre 3,1 % en septembre, selon l'estimation provisoire de l'Insee. C'est le niveau le plus élevé depuis janvier 2024. Le moteur, c'est l'énergie : +24,1 % sur un an, quatrième mois d'accélération d'affilée, à cause du gaz et du pétrole, avec un détroit d'Ormuz quasi fermé depuis la fin février et un Brent qui a terminé la semaine entre 114 et 118 $ selon les contrats. Les services progressent de 2,7 %, l'alimentation de 1,2 %. L'indice harmonisé, celui que regarde la BCE, est à 3,8 %.
Et pour compléter le tableau, deux autres publications de la semaine vont dans le même sens. La confiance des ménages est tombée à 80 en octobre, en recul de 5 points, son plus bas niveau depuis juin 2013. Et le nombre de demandeurs d'emploi sans activité a augmenté de 0,9 % au troisième trimestre, à 3,35 millions, avec une hausse de 2,4 % chez les jeunes.
Le cocktail de la semaine, en six chiffres
| Indicateur | Dernière valeur | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
| PIB, 3e trimestre 2026 | -0,1 % (après 0,0 % et -0,2 %) | Trois trimestres sans croissance |
| Inflation, octobre 2026 | +3,4 % sur un an (3,1 % en septembre) | Plus haut depuis janvier 2024 |
| Énergie, octobre 2026 | +24,1 % sur un an | Quatrième mois d'accélération |
| Confiance des ménages, octobre | 80 (-5 points) | Plus bas depuis juin 2013 |
| Demandeurs d'emploi sans activité, 3e trimestre | 3,35 millions (+0,9 %) | Jeunes : +2,4 % sur le trimestre |
| Taux d'emprunt de la France à 10 ans | 4,93 % vendredi 30 octobre | Après un pic à 5,14 % le 22 octobre |
Est-ce qu'on peut déjà parler de stagflation ? Soyons précis. Le mot désigne une économie qui stagne ou recule pendant que l'inflation reste élevée et que le chômage monte. Aucune institution n'a utilisé ce terme officiellement cette semaine, et un trimestre à -0,1 % n'est pas encore une récession au sens des manuels, qui demande deux trimestres de recul. Mais les trois ingrédients sont réunis en même temps pour la première fois depuis 2022, et avec une différence de taille : en 2022, l'État avait les moyens de payer un bouclier tarifaire. Aujourd'hui, il emprunte à près de 5 %.
C'est là qu'intervient le troisième événement de la journée de vendredi. Dans la soirée, l'agence Fitch a maintenu la note de la France à A+, mais a abaissé sa perspective de stable à négative. Ses arguments sont exactement ceux du matin : croissance plus faible que prévu, coûts d'emprunt plus élevés, déficit plus large que lors de son examen d'août, et une fragmentation politique qui complique tout assainissement durable. Fitch voit la dette grimper à 124 % du PIB en 2028, contre 115,7 % fin 2025, avec des intérêts qui passeraient de 2,5 % à 3,3 % du PIB. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, en a tiré une seule conclusion : il faut un budget voté avant la fin de l'année.
Une perspective négative, ce n'est pas une dégradation. C'est un avertissement : si rien ne change dans les douze à dix-huit mois, la note baisse. Moody's avait fait pareil il y a cinq semaines en maintenant son Aa3 sous condition. La prochaine échéance, c'est S&P le 27 novembre. Et entre les deux, il y a le vote de ce mardi 3 novembre sur la partie recettes du budget 2027, dont je te parlais déjà la semaine dernière, et qui a été reporté de deux semaines faute d'avoir pu examiner les articles à temps.
En chiffres : PIB -0,1 % au 3e trimestre • inflation 3,4 % en octobre • énergie +24,1 % • confiance des ménages à 80, plus bas depuis 2013 • dette projetée par Fitch à 124 % du PIB en 2028 • OAT 10 ans à 4,93 % vendredi après 5,14 % le 22 octobre.
Pourquoi ça te concerne. Parce que la stagflation est le seul scénario où tout le monde perd en même temps. Le salarié, parce que son salaire suit rarement les prix de l'énergie. L'épargnant, parce que son livret rapporte moins que l'inflation. L'emprunteur, parce que les taux montent pour contenir les prix. Le retraité, parce que les pensions sont revalorisées avec retard, et que le gouvernement cherche justement à les sous-indexer. Et le contribuable, parce qu'une économie qui ne grandit pas ne produit pas les recettes promises, donc le trou se comble par l'impôt. La section suivante te donne les ordres de grandeur.
CE QUE LA STAGFLATION VEUT DIRE POUR TON LIVRET A, TON CRÉDIT ET TA RETRAITE
En résumé : avec une inflation à 3,4 % et un Livret A à 1,7 %, 10 000 € d'épargne perdent environ 165 € de pouvoir d'achat en un an et près de 800 € en cinq ans, les taux de crédit remontent au lieu de baisser, et les pensions sont la variable d'ajustement la plus probable du budget. Voilà les ordres de grandeur, poste par poste.
Premier poste : ton épargne de précaution. Le Livret A rapporte 1,7 % depuis août. L'inflation est à 3,4 %. Le calcul est simple : ton argent perd 1,7 point de pouvoir d'achat par an, en toute sécurité. Ce n'est pas une perte que tu vois sur ton relevé, c'est une perte sur ce que tu peux acheter avec. Et c'est le propre de la stagflation : les taux courts ne suivent pas les prix, parce que la banque centrale hésite à étouffer une économie déjà à l'arrêt.
Ce que perd un Livret A à 1,7 % face à une inflation à 3,4 %
| Horizon | Solde affiché | Pouvoir d'achat réel (en euros d'aujourd'hui) | Perte réelle |
|---|---|---|---|
| Départ | 10 000 € | 10 000 € | – |
| Après 1 an | 10 170 € | environ 9 836 € | environ -165 € |
| Après 3 ans | 10 519 € | environ 9 515 € | environ -485 € |
| Après 5 ans | 10 879 € | environ 9 205 € | environ -795 € |
Hypothèse : inflation constante à 3,4 % et taux du Livret A inchangé, ce qui n'arrivera pas exactement, mais qui donne l'échelle. Sur un Livret A plein à 22 950 €, la perte de pouvoir d'achat approche 380 € la première année, soit un mois de courses pour un couple. Et le Livret A est pourtant l'un des placements les mieux lotis : un compte courant perd les 3,4 % en entier.
Deuxième poste : ton crédit immobilier. En théorie, une économie qui recule devrait faire baisser les taux. En stagflation, c'est l'inverse qui se produit, parce que la BCE regarde d'abord l'inflation. Jeudi, elle a maintenu son taux de dépôt à 2,50 % après deux hausses en juin et septembre, et Christine Lagarde n'a pas exclu une nouvelle hausse en décembre, que les marchés jugent probable à 60-80 %. Pendant ce temps, l'État français emprunte à 4,93 % sur 10 ans. Les banques, qui se financent entre ces deux repères, ont déjà relevé leurs barèmes : 3,76 % en moyenne sur 20 ans en novembre contre 3,66 % en octobre, soit 13 € de plus par mois sur 250 000 €, et 3 115 € de plus sur la durée du prêt. J'y reviens en détail dans la section immobilier.
Troisième poste : ta retraite. C'est le poste le plus exposé, et pas seulement à cause de l'inflation. Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 prévoyait une sous-indexation des pensions au-dessus de 1 260 € par mois et un gel au-dessus de 2 034 €, pour environ 5,5 milliards d'euros d'économies. Les députés l'ont rejeté le 23 octobre, le texte est au Sénat, mais l'idée est sur la table et elle y restera tant que le déficit sera à 5 %. Une pension de 2 100 € gelée pendant un an avec une inflation à 3,4 %, c'est 71 € de pouvoir d'achat en moins chaque mois, environ 850 € sur l'année. C'est exactement la mécanique utilisée par les pays qui ont connu la stagflation : on ne baisse pas les pensions, on laisse l'inflation le faire.
Quatrième poste : ta facture d'énergie. L'énergie à +24,1 % sur un an, ce n'est pas un chiffre abstrait. Pour un ménage qui dépensait 2 500 € par an en carburant, gaz et électricité, c'est environ 600 € de plus sur douze mois. C'est l'équivalent d'un treizième mois de courses qui part dans le réservoir et le chauffage, avant même l'hiver.
Et l'État dans tout ça ? C'est ici que la stagflation devient dangereuse pour les finances publiques. Tant que l'économie grandit (croissance réelle plus inflation) plus vite que le taux auquel l'État emprunte, la dette reste gérable. Avec une croissance réelle de 0,2 % et une inflation de 3 %, la croissance nominale tourne autour de 3 % à 3,5 %. La France emprunte désormais à près de 5 % sur 10 ans. Le taux moyen payé sur l'ensemble du stock de dette reste plus bas, parce qu'une grande partie a été empruntée quand les taux étaient proches de zéro, mais chaque refinancement à 5 % rapproche du point de bascule, celui où la dette grossit toute seule, même sans nouveau déficit. Je te rappelle les repères de la semaine dernière : un point de taux en plus coûte environ 3,1 milliards la première année, 18 milliards par an au bout de cinq ans, et jusqu'à 40 milliards par an à sept ans. 40 milliards, c'est trois fois le budget annuel de la Justice.
Il n'existe aucun seuil officiel à partir duquel « ça casse ». Mais l'histoire donne des repères sur ce que les pays ont fait quand ils se sont retrouvés dans cette situation : la France de 1976 a bloqué les prix et majoré exceptionnellement l'impôt sur le revenu, le Royaume-Uni de la même année a dû demander un prêt au FMI, l'Italie de 2011 a gelé les retraites et reculé l'âge de départ. Ce ne sont pas des prévisions pour la France, ce sont des précédents, et j'y reviens dans le parallèle historique plus bas.
Concrètement, si ton épargne dort sur un livret :
- Garde sur le Livret A uniquement ton épargne de précaution, en général trois à six mois de dépenses : c'est son rôle, pas de rapporter.
- Compare le rendement réel, c'est-à-dire le taux affiché moins l'inflation, de chaque placement que tu détiens : un fonds euros à 2,5 % ou un livret bancaire à 2 % perdent aussi face à 3,4 %.
- Regarde ce que ton employeur ou ta caisse de retraite prévoit en matière de revalorisation : les salaires et pensions qui ne suivent pas l'inflation sont une perte invisible mais réelle.
- Vérifie la date de révision de tes contrats indexés (loyer, assurance, abonnements) : l'indice de référence des loyers suit l'inflation avec quelques mois de retard, donc la hausse arrive en 2027.
Ce sont des points d'attention généraux, pas un conseil personnalisé.
ET MAINTENANT ? DEUX SCÉNARIOS POUR LES PROCHAINES SEMAINES
En bref : tout se joue sur trois dates, le vote du budget ce mardi 3 novembre, S&P le 27 novembre et la BCE à la mi-décembre. Voici deux scénarios, pas des prévisions.
Le scénario négatif : l'inflation s'installe et le budget déraille. Mardi, la partie recettes du budget 2027 est rejetée, ou adoptée dans une version qui ne tient plus l'objectif de 5 % de déficit, après une semaine où les députés ont déjà supprimé la surtaxe sur les grandes entreprises, le plafonnement des amortissements en meublé et une partie des mesures d'économies. Le gouvernement se retrouve coincé entre une grève interprofessionnelle le 5 novembre, une Assemblée sans majorité et des créanciers qui attendent. Pendant ce temps, l'inflation de novembre confirme la tendance à cause de l'énergie, la BCE monte ses taux en décembre pour l'éviter, et S&P suit Fitch le 27 novembre avec une perspective négative. L'OAT repasse durablement au-dessus de 5 %, les banques remontent leurs barèmes de crédit immobilier vers 4 % pour tout le monde au premier trimestre 2027, et le marché immobilier qui s'essoufflait déjà se bloque avant la présidentielle. Pour ton épargne, le rendement réel négatif dure toute l'année 2027.
Le scénario positif : le budget passe et le pétrole redescend. Mardi, les députés adoptent une partie recettes, même imparfaite, qui permet de continuer la navette avec le Sénat, et le gouvernement obtient un budget avant la fin de l'année comme Moody's et Fitch le demandent. Côté énergie, les pourparlers autour du détroit d'Ormuz avancent après les élections américaines, le Brent redescend vers 90-100 $ comme le prévoit la Banque mondiale pour la moyenne de 2027 si l'escalade s'arrête, et l'inflation française reflue dès décembre. La BCE peut alors rester à 2,50 %, les taux de crédit se stabilisent autour de 3,75 %, l'OAT revient vers 4,5 % et le spread avec l'Allemagne sous 1,4 point. Ce scénario ne règle pas la croissance, qui restera faible en 2027, mais il évite que la stagflation s'installe. Il repose sur deux choses que la France ne contrôle pas : le pétrole et le vote de ce mardi.
MON AVIS PERSONNEL : L'INFLATION EST L'IMPÔT QUE PERSONNE NE VOTE
Là, je sors du registre factuel et je le dis clairement : ce qui suit, c'est mon avis, pas une certitude ni un conseil.
Mon avis en une phrase : je pense que l'État français a déjà choisi, sans le dire, de laisser l'inflation faire une partie du travail que le Parlement refuse de faire.
Regarde ce qui s'est passé cette semaine à l'Assemblée. Chaque mesure d'économie ou de recette un peu douloureuse a été retoquée : la surtaxe sur les grandes entreprises, la réforme du meublé, le plafond sur les logements sociaux, les coupes dans le crédit impôt recherche. En face, le déficit, lui, ne bouge pas. Il reste à 5,4 % cette année. Quand un pays n'arrive ni à augmenter les impôts ni à baisser les dépenses, il lui reste un troisième levier, le plus discret : laisser les prix monter plus vite que les salaires, les pensions et les livrets. Chaque point d'inflation gonfle les recettes de TVA et d'impôt sur le revenu, et dévalue en douceur les 3 600 milliards de dette. C'est l'impôt que personne ne vote et que tout le monde paie, surtout ceux qui ont de l'épargne liquide et des revenus fixes.
Ce qui me frappe, c'est le timing. Il y a un an, l'inflation était autour de 1 % et tout le monde parlait de déflation. Elle est revenue par l'énergie, pas par la demande, et c'est ce qui la rend difficile à combattre : la BCE peut monter ses taux autant qu'elle veut, elle ne rouvrira pas le détroit d'Ormuz. Donc on va vivre avec une inflation importée et une banque centrale qui serre la vis sur une économie à l'arrêt. C'est exactement le piège des années 1970.
Ce qui pourrait me donner tort. D'abord, le pétrole : si les discussions en cours aboutissent à une réouverture du détroit, le Brent peut perdre 20 à 30 $ en quelques semaines et l'inflation retomberait sous les 3 % au printemps, comme la Banque mondiale le prévoit dans son scénario central. Ensuite, l'Europe : la zone euro a fait +0,4 % au troisième trimestre, donc le problème est français avant d'être européen, et un budget voté peut suffire à ramener le spread vers 1,2 point. Enfin, les salaires : les négociations annuelles de janvier pourraient rattraper une partie de l'inflation, ce qui soutiendrait la consommation. Ce que je surveille : l'inflation de novembre le 28, le vote de mardi, et la réunion de la BCE de la mi-décembre.
UN PARALLÈLE AVEC L'HISTOIRE : LA FRANCE DE 1974-1976
En une phrase : la dernière fois que la France a cumulé un choc pétrolier, une récession et une inflation qui s'emballe, elle a bloqué les prix, majoré l'impôt sur le revenu et laissé l'épargne des ménages fondre pendant dix ans.
Le mot stagflation est né à cette époque, et toutes proportions gardées, le scénario a des airs de famille. En octobre 1973, la guerre du Kippour entraîne le premier choc pétrolier : le prix du baril est multiplié par quatre en quelques mois. La France, qui dépendait du pétrole importé pour l'essentiel de son énergie, encaisse de plein fouet. En 1974, l'inflation dépasse 13 %. En 1975, le pays connaît sa première récession depuis la guerre, avec un PIB en recul d'environ 1 %. Le chômage, qui était une curiosité statistique à moins de 500 000 personnes, double en trois ans et franchit le million en 1977.
Le gouvernement commence par relancer : le plan Chirac de 1975 injecte des milliards pour soutenir l'activité. L'inflation repart de plus belle, le franc décroche et quitte le serpent monétaire européen en mars 1976. Alors en septembre 1976, Raymond Barre, nouveau Premier ministre, change de méthode. Et les Français le sentent immédiatement dans leur quotidien : les prix sont bloqués jusqu'à la fin de l'année, l'impôt sur le revenu est majoré exceptionnellement de 4 % à 8 % selon les tranches pour l'année 1976, la vignette automobile est fortement relevée sur les grosses cylindrées, le prix de l'essence et les tarifs publics augmentent, et la progression des salaires est plafonnée au rythme de l'inflation. Les hausses de salaires qui compensaient tout jusque-là sont terminées.
Le plus intéressant pour toi, c'est ce qui est arrivé à l'épargne. Le Livret A rapportait entre 6,5 % et 7,5 % dans la seconde moitié des années 1970, ce qui paraît énorme aujourd'hui, mais face à une inflation entre 9 % et 14 %, il perdait 3 à 7 points de pouvoir d'achat chaque année. Dix ans de rendement réel négatif : c'est ainsi que l'épargne de toute une génération a financé, sans le savoir, la dette publique et les entreprises. À l'inverse, ceux qui avaient emprunté à taux fixe pour acheter un logement ont vu leurs mensualités fondre en valeur réelle, pendant que les prix de l'immobilier suivaient l'inflation. La stagflation a été une machine à transférer la richesse des épargnants vers les emprunteurs.
La leçon, ce n'est pas que la France va revivre 1976. L'inflation est à 3,4 %, pas à 13 %, et l'euro nous protège de la dévaluation. La leçon, c'est que quand un pays n'arrive plus à trancher entre impôts et dépenses, il finit par faire payer ceux qui ne peuvent pas se défendre : les détenteurs d'épargne liquide et de revenus fixes. Et que la sortie, en 1976 comme en 1983, a toujours pris la forme d'un plan de rigueur que personne n'avait voté avant la crise.
TAXE GIGAOCTET : DES PANSEMENTS SUR UN CANCER
En bref : vendredi matin, 35 députés sur 577 ont voté une taxe de 5,5 centimes par gigaoctet de données transmises, censée rapporter 10 milliards par an. Prise isolément, c'est une anecdote. Mise bout à bout avec les autres votes de la semaine, c'est un symptôme : un État surendetté, sous pression, qui multiplie les petits impôts au lieu de traiter la maladie.
Voilà ce qui s'est passé. Vendredi 30 octobre, à l'ouverture de la séance de 9 heures, l'Assemblée a adopté l'amendement d'un député socialiste créant une taxe de 0,055 € par gigaoctet sur les données envoyées vers les abonnés français. Résultat du scrutin : 11 voix pour, 10 contre, 14 abstentions, dans un hémicycle quasiment vide. Les dix députés du Rassemblement national présents se sont abstenus ; s'ils avaient voté contre, la taxe tombait. Le gouvernement et le rapporteur général du budget y étaient opposés.
Sur le papier, ce n'est pas toi qui paies, mais l'entreprise qui émet les données : Netflix, YouTube, TikTok, les plateformes de cloud. Les fournisseurs d'accès mesureraient les volumes par émetteur, sous le contrôle de l'Arcep, avec un plafond à 15 % du chiffre d'affaires réalisé en France ou 2 % du chiffre d'affaires mondial. Les auteurs annoncent 10 milliards d'euros de recettes par an, sur la base d'environ 200 milliards de gigaoctets échangés chaque année. Le ministre des Comptes publics conteste ce chiffrage et estime que la moitié de la facture tomberait sur des acteurs plus petits, souvent français. Un film de 100 Go en très haute définition coûterait 5,50 € à la plateforme qui le diffuse. Et tu sais comme moi où finit une taxe sur un abonnement : dans le prix de l'abonnement.
Je précise, parce que c'est important : cette taxe n'est pas en vigueur. Elle ne vaut que si la partie recettes du budget est votée mardi, elle peut être retirée par une seconde délibération, écartée par un 49.3 ou supprimée au Sénat. Mais ce n'est pas le point. Le point, c'est la méthode.
Regarde la liste des votes de la semaine à l'Assemblée. Une surtaxe sur les grandes entreprises supprimée mardi, puis remplacée dans la nuit par une taxe sur la part des bénéfices mondiaux « réellement réalisés en France », adoptée à deux voix près et qualifiée de « très mauvaise idée » par le ministre de l'Économie. Une taxe sur les rachats d'actions. Un durcissement de l'exit tax, dont le délai passe de 2 à 15 ans. Une taxe sur les conversions de cryptos en stablecoins, votée à une voix près deux semaines plus tôt. Et maintenant une taxe au gigaoctet, votée par 11 députés. En face, les économies : la réforme du meublé supprimée, les coupes dans le crédit impôt recherche rejetées, le plafond sur les logements sociaux retiré. Bercy chiffrait déjà le dérapage des votes à 10 milliards avant cette semaine.
Traduction : la France a un déficit de 5,4 % du PIB, une dette de 3 600 milliards, une charge d'intérêts qui passe de 62,6 à 72,9 milliards en un an, et la réponse du Parlement, c'est une collection de petites taxes ciblées, chacune votée par une poignée de députés, chacune contestée dans son rendement. Ce sont des pansements posés sur un cancer. Et la tendance de fond est là, sous nos yeux : un État surendetté, sous la pression des marchés et des agences, qui ne peut plus ni baisser ses dépenses ni voter un grand impôt, va produire une série d'impôts idiots, petits, techniques, mal ciblés, que nous paierons tous dans les années qui viennent, par le prix des abonnements, les frais bancaires, les billets d'avion ou les assurances. Je ne sais pas lesquels. Je sais qu'ils arrivent, parce que c'est ce que font tous les États dans cette situation.
Et pendant ce temps, ceux qui peuvent partir partent. Je vais être précis sur ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. Les chiffres officiels du comité d'évaluation des réformes de la fiscalité du capital, publiés par France Stratégie, montrent une courbe très lisible : les départs à l'étranger de redevables de l'impôt sur la fortune sont passés d'environ 530 foyers en 2011 à 850 en 2012, puis 1 140 en 2013 et 1 150 en 2014, juste après la mise au barème des revenus du capital et le tour de vis fiscal de 2012-2013. Ils sont retombés à 760 en 2017, puis 270 en 2018 et 220 en 2020, après la transformation de l'ISF en IFI et la flat tax. Sur les foyers à plus de 300 000 € de revenus, le taux de départ a atteint environ 1,2 % en 2013, contre 0,66 % en moyenne sur 2008-2018 et 0,11 % pour l'ensemble des Français, selon les calculs de la Fondation iFRAP et de l'institut Rexecode. Et l'exemple norvégien est frappant : après la hausse de l'impôt sur la fortune en 2022, le taux d'expatriation des foyers concernés serait passé de 0,2 % à 2 %.
Départs à l'étranger des redevables de l'impôt sur la fortune
| Année | Départs (foyers) | Contexte fiscal |
|---|---|---|
| 2011 | environ 530 | Avant le tour de vis |
| 2012 | environ 850 | Hausse de la fiscalité du capital |
| 2013 | environ 1 140 | Revenus du capital au barème |
| 2014 | environ 1 150 | Pic |
| 2017 | environ 760 | Dernière année de l'ISF |
| 2018 | environ 270 | IFI et flat tax |
| 2020 | environ 220 | Chiffre provisoire |
Est-ce que ça prouve que les taxes font fuir les riches ? Non, et je ne vais pas te le vendre comme une preuve. Les économistes du Conseil d'analyse économique, dans une étude de juillet 2025, estiment que le 1 % le plus riche part à un rythme de 0,2 % par an, moins que la moyenne des Français, et que l'effet des hausses d'impôts sur ces départs est réel mais limité. Une corrélation n'est pas une causalité, et ces chiffres sont petits en valeur absolue : un millier de foyers sur 360 000 redevables. Mais regarde la forme de la courbe. Elle monte quand l'impôt monte, elle redescend quand il baisse, et elle concerne précisément ceux qui emportent avec eux des entreprises, des emplois et des recettes futures. Rien ne prouve la corrélation ; il est tout aussi difficile de ne pas la voir. Et avec une exit tax portée à 15 ans et une collection de taxes nouvelles votées chaque nuit, la question n'est pas de savoir si la courbe va remonter, mais de combien.
En chiffres : taxe gigaoctet 0,055 € par Go, votée 11 voix contre 10 • 10 Md€ de rendement annoncé, contesté par Bercy • 1 150 départs de redevables ISF au pic de 2014 contre 220 en 2020 • taux de départ des foyers à plus de 300 000 € de revenus : 1,2 % en 2013 contre 0,11 % pour l'ensemble des Français • Norvège : de 0,2 % à 2 % de départs après la hausse de 2022.
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L'essentiel en immobilier : les taux de crédit remontent en novembre, à 3,76 % en moyenne sur 20 ans, et repassent au-dessus de 4 % pour les ménages modestes sur 25 ans ; les députés ont détricoté une bonne partie du volet logement du budget 2027, en supprimant notamment la réforme du meublé ; les mises en chantier ont encore reculé de 9,7 % en septembre ; et les SCPI continuent de baisser leurs prix de part.
▸ 🔺 Crédit immobilier : la barre des 4 % est franchie pour les ménages modestes
Je te le disais la semaine dernière, les taux remontent. C'est confirmé, et ça s'accélère. Les barèmes de novembre sont tombés jeudi et ils confirment la remontée entamée en septembre. Selon le relevé d'un grand courtier, les taux moyens passent à 3,56 % sur 15 ans (+0,06 point), 3,76 % sur 20 ans (+0,11) et 3,85 % sur 25 ans (+0,11). Un autre courtier affiche des « bons taux » à 3,80 % sur 15 ans, 3,87 % sur 20 ans et 4,01 % sur 25 ans, contre un barème standard moyen de 3,69 % début septembre.
Mais la moyenne cache l'essentiel : les banques trient de plus en plus par revenus. Pour un ménage qui gagne moins de 40 000 € par an, le taux moyen sur 25 ans est désormais de 4,07 %. Pour un ménage à plus de 120 000 €, il est de 3,53 %. Plus d'un demi-point d'écart pour le même bien et la même durée. Les primo-accédants paient en moyenne 0,10 point de plus que les autres. Les hausses de barèmes se sont enchaînées en octobre : +0,25 point dans une caisse régionale du Crédit Mutuel, +0,20 point au Crédit Agricole d'Île-de-France, +0,20 à +0,30 point dans une banque privée.
Taux moyens de crédit immobilier, novembre 2026
| Durée | Taux moyen novembre | Variation sur un mois | Mensualité pour 250 000 € (hors assurance) |
|---|---|---|---|
| 15 ans | 3,56 % | +0,06 point | environ 1 795 € |
| 20 ans | 3,76 % | +0,11 point | environ 1 484 € |
| 25 ans | 3,85 % | +0,11 point | environ 1 299 € |
| 25 ans, revenus inférieurs à 40 000 € | 4,07 % | – | environ 1 329 € |
Pourquoi ça monte alors que l'économie recule ? Parce que les banques prêtent à long terme et se financent sur des taux qui suivent l'OAT. L'État emprunte à 4,93 % sur 10 ans, contre 3,2 % avant le choc pétrolier de février. Les banques ont encaissé la hausse pendant des mois en rognant leurs marges, et elles ont commencé à la répercuter. Le taux d'usure, le plafond légal au-dessus duquel une banque ne peut pas prêter, est à 5,40 % sur 20 ans et plus pour ce quatrième trimestre. Un courtier estime déjà qu'un passage durable des taux au-dessus de 4 % exclurait environ 20 % des emprunteurs actuels, et les notaires, dans leur note de conjoncture dont je te parlais la semaine dernière, jugent ce seuil « particulièrement préoccupant ».
Le marché du crédit, lui, s'était déjà retourné avant cette hausse : la production de prêts a reculé de 9,2 % sur un an au troisième trimestre, le nombre de prêts de 8,1 %, selon l'observatoire de référence du secteur, qui table sur un taux moyen de 3,55 % fin 2026 et 3,85 % fin 2027. Les chiffres officiels de la Banque de France sur les crédits aux particuliers donnent un taux moyen de 3,32 % en août sur les nouveaux prêts, pour une production de 12,2 milliards d'euros : ils ne reflètent pas encore les barèmes d'automne.
En chiffres : 3,76 % sur 20 ans en novembre (+0,11) • 4,07 % sur 25 ans pour les revenus sous 40 000 € • taux d'usure 5,40 % • production de crédit -9,2 % sur un an au 3e trimestre • 3,85 % attendus fin 2027.
Concrètement, si tu as un projet d'achat :
- Fais chiffrer ton dossier maintenant, avant que ta banque ne passe au barème de décembre : un accord de principe fige souvent le taux pendant un à trois mois.
- Compare le taux proposé à ta tranche de revenus, pas à la moyenne nationale : l'écart peut dépasser 0,5 point entre deux profils.
- Regarde la durée réelle : passer de 20 à 25 ans baisse la mensualité d'environ 185 € sur 250 000 €, mais ajoute près de 34 000 € d'intérêts.
- Vérifie le PTZ si tu es primo-accédant : les députés viennent de voter sa prolongation jusqu'en 2030 et son ouverture au bail réel solidaire, sous réserve de la suite du débat budgétaire.
Ce sont des points d'attention généraux, pas un conseil personnalisé.
▸ 🔺 Budget 2027 : les députés détricotent le volet logement, la réforme du meublé passe à la trappe
Entre mardi et vendredi, l'Assemblée a examiné une bonne partie des articles fiscaux du projet de loi de finances pour 2027, et le logement est ressorti transformé. Je précise tout de suite : tout ce qui suit a été voté en première lecture, souvent contre l'avis du gouvernement, et peut être réécrit au Sénat ou en commission mixte paritaire. Mais ça te donne la direction du vent. Le dossier complet est consultable sur le site de l'Assemblée nationale.
La mesure la plus attendue par les investisseurs est tombée vendredi : le plafonnement des amortissements en location meublée non professionnelle (LMNP) a été supprimé par 45 voix contre 41. Le texte initial limitait l'amortissement déductible à 2,5 % du prix et 7 000 € par an et par foyer, 1,5 % et 5 000 € pour les meublés de tourisme, avec une perte du report des déficits. Pour un investisseur avec un studio à 150 000 € amorti sur 30 ans, ça revenait à perdre une partie de l'avantage qui rend le meublé plus intéressant que la location nue. Trois amendements identiques, venus du Rassemblement national, de la Droite républicaine et d'Horizons, l'ont fait sauter. Bercy comptait dessus pour 200 millions d'euros de recettes. Seul le volet PTZ de cet article a survécu.
Dans la même logique, les députés ont relevé le micro-foncier à 30 000 € de loyers avec un abattement de 50 % pour la location nue, ramené l'abattement du micro-BIC des meublés à 30 %, porté à 4 % le taux d'amortissement du dispositif Jeanbrun dans le neuf, et prolongé Loc'Avantages jusqu'en 2032 en le transformant en crédit d'impôt plafonné à 4 000 € par foyer, avec un plafond d'imputation des déficits fonciers relevé à 15 300 €. Le PTZ et l'éco-PTZ sont prolongés jusqu'en 2030. En sens inverse, l'exonération de taxe foncière des logements sociaux, que le texte prolongeait jusqu'en 2030, aurait été supprimée par un amendement du RN, point que je n'ai pu confirmer que par une seule source.
Côté dépenses, le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a défendu mercredi au Sénat un budget qu'il a lui-même qualifié de budget de responsabilité : gel du barème des APL en 2027, réduction de loyer de solidarité stabilisée à 900 millions, crédits de l'Anah en baisse de 15 % à 1,23 milliard d'euros, avec les pompes à chaleur basculées vers les certificats d'économies d'énergie. Le même jour, huit fédérations du logement, de la construction et du HLM lui ont adressé une lettre ouverte pour renoncer au gel des APL, qui touche plus de cinq millions de ménages, et élargir le dispositif Jeanbrun.
En chiffres : LMNP, plafonnement supprimé 45-41 • 200 M€ de recettes perdues pour Bercy • Loc'Avantages jusqu'en 2032, crédit d'impôt 4 000 € • PTZ jusqu'en 2030 • Anah -15 % à 1,23 Md€ • APL gelées en 2027 • vote solennel de la partie recettes mardi 3 novembre à 15h.
Ce que ça veut dire pour toi : si tu loues en meublé, rien ne change pour l'instant, et c'est une bonne nouvelle, mais le sujet reviendra au Sénat. Si tu es locataire avec des APL, prépare-toi à une année 2027 sans revalorisation alors que l'inflation est à 3,4 %. Et si tu comptais sur MaPrimeRénov' pour une pompe à chaleur, renseigne-toi sur les certificats d'économies d'énergie, qui vont devenir le circuit principal.
▸ Construction : les mises en chantier décrochent encore de 9,7 % en septembre
Les chiffres officiels du ministère de la Transition écologique sur la construction de logements, publiés mercredi, sont mauvais. En septembre, 28 682 logements ont été mis en chantier, 9,7 % de moins qu'en août, avec un effondrement de 20,4 % pour le collectif ordinaire. Les autorisations résistent un peu mieux, à 31 428 (+1,2 %), mais sur douze mois, le pays n'a autorisé que 377 834 logements, 9,1 % sous la moyenne des cinq dernières années, et n'en a commencé que 318 419. Le président des promoteurs résume : une opération collective sur cinq est aujourd'hui retirée ou suspendue faute d'acheteurs. Ça rejoint l'investissement des ménages en recul de 1,3 % dans le PIB du troisième trimestre : quand on ne construit pas, on ne crée pas de croissance.
▸ Notaires : le seuil des 4 % qui fait peur
Je t'en parlais la semaine dernière : 951 000 ventes sur douze mois à fin août, une reprise qui s'essouffle et une projection autour de 920 000 ventes en fin d'année. Ce qui est nouveau cette semaine, c'est la lecture que les notaires font des barèmes de novembre. Pour eux, un passage des taux au-delà de 4 % serait particulièrement préoccupant pour deux raisons : la perte de pouvoir d'achat des acheteurs, et le blocage des propriétaires qui ont emprunté à 1 % ou 1,5 % entre 2019 et 2021 et qui refusent de vendre pour racheter à 4 %. Un ménage qui a emprunté 250 000 € à 1,2 % sur 20 ans paie 1 170 € par mois ; le même crédit à 4 % coûte 1 515 €, soit 345 € de plus chaque mois. C'est ce qu'on appelle l'effet de verrou, et c'est lui qui assèche l'offre dans les grandes villes.
▸ Encadrement des loyers : compte à rebours avant le 23 novembre
Suite de ce que je t'expliquais la semaine dernière : le Sénat a voté la prolongation de deux ans de l'encadrement des loyers, mais le texte, déposé à l'Assemblée le 22 octobre, a été renvoyé en commission sans date de séance. Or l'expérimentation s'éteint le 23 novembre si rien n'est voté d'ici là. Pour 1,2 million de locataires dans 70 communes, dont Paris, Lyon, Lille, Bordeaux et Montpellier, ça veut dire que les baux signés après cette date pourraient ne plus être plafonnés, le temps que les députés adoptent le texte conforme. Trois semaines, c'est court avec un calendrier budgétaire saturé.
▸ Trêve hivernale : cinq mois de répit, et des expulsions en hausse de 60 % en dix ans
Depuis dimanche 1er novembre et jusqu'au 31 mars 2027, plus aucune expulsion locative ne peut être exécutée, sauf exceptions (relogement, squat). La fondation spécialisée dans le mal-logement rappelle qu'en 2025, 30 500 expulsions ont eu lieu avec le concours de la force publique, un chiffre en hausse de 60 % en dix ans, et qu'environ 200 000 personnes ont quitté leur logement avant même l'intervention. Avec une inflation à 3,4 % et des APL gelées, le risque d'impayés en 2027 est le sujet que personne n'aborde dans le débat budgétaire.
▸ SCPI : six baisses de prix de part depuis l'été
La pierre-papier continue de digérer la hausse des taux. Depuis le mois d'août, six SCPI ont abaissé leur prix de part, alors qu'aucune ne l'avait fait au premier semestre : -15 % pour Génépierre (de 180 à 153 €), -12,8 % pour Edissimmo et -11 % pour Rivoli Avenir Patrimoine chez Amundi, -16,8 % pour Elysées Pierre chez HSBC (de 660 à 549 €), -11,8 % pour Praemia Hôtels Europe et -10,4 % pour Efimmo 1. La cause principale, c'est le bureau : la vacance en Île-de-France atteint 11,8 % au troisième trimestre. Au premier semestre, 53 % des SCPI avaient déjà réduit leur distribution. Les expertises de fin d'année, au 31 décembre, pourraient entraîner une nouvelle vague début 2027. Pour un épargnant qui a mis 50 000 € dans une SCPI qui baisse son prix de part de 15 %, c'est 7 500 € de valeur en moins, même si les loyers continuent de tomber.
▸ Demande en chute, offre en hausse : le marché se grippe par le bas
Un observatoire d'annonces publié il y a dix jours mesure l'ampleur du blocage au troisième trimestre : la demande d'achat recule de 22 % sur un an pendant que l'offre progresse de 4 %, et le délai moyen de diffusion d'une annonce atteint 82 jours. Le neuf est encore plus touché, avec une demande en baisse de 21 % et des prix en recul de 6 %. Côté location, les contacts par annonce chutent de 23 % alors que les loyers ne montent que de 1 % : les candidats ne manquent pas, ils renoncent. Les passoires thermiques F et G représentent 9 % des annonces, et le projet de loi de relance du logement, attendu en séance à l'Assemblée à partir du 17 novembre, prévoit de laisser 650 000 à 700 000 de ces logements en location jusqu'en 2028 si des travaux sont engagés.
BOURSE
L'essentiel en Bourse : le CAC 40 gagne 2,4 % sur la semaine à 7 969 points, porté par les résultats, et termine octobre quasi stable ; Wall Street recule (-0,6 % pour le S&P 500, -2 % pour le Nasdaq) après la pire séance d'Alphabet et d'Intel de leur histoire ; la Fed a maintenu ses taux à 3,75-4 % ; et depuis janvier, 10 000 € placés sur le S&P 500 valent environ 11 600 € contre 9 780 € sur le CAC 40.
▸ 🔺 CAC 40 : +2,4 % sur la semaine, Paris rebondit pendant que New York cale
Après la semaine noire dont je te parlais dans l'édition précédente, la Bourse de Paris a repris des couleurs, et c'est d'abord une histoire d'entreprises, pas de macro. Lundi, l'indice a gagné 0,83 % à 7 847 points, soulagé par le statu quo de Moody's et par un taux français repassé sous 5 %. Les banques ont mené la danse : BNP Paribas +2,43 %, Société Générale +2,03 %. À l'inverse, GTT a plongé de 11,66 % sur un chiffre d'affaires trimestriel décevant, et Edenred a souffert de la réélection de Lula au Brésil.
Mardi, +0,51 % à 7 887 points, avec un rebond des valeurs liées à l'intelligence artificielle : STMicroelectronics +7,1 %, meilleure performance de l'indice, Schneider +3 %, Legrand +2,5 %. Mercredi, séance blanche (0,00 %, -0,18 point), tout le monde attendait la Fed et la BCE. Jeudi, +1,05 % à 7 970 points, meilleure séance de la semaine, grâce à une salve de résultats bien accueillis et au statu quo de la BCE. Vendredi, l'indice a fini à l'équilibre (-0,01 %) à 7 969,42 points, avec 5,2 milliards d'euros échangés, gros volumes de fin de mois, soutenu par Sanofi mais freiné par la chute des semi-conducteurs américains.
CAC 40, séance par séance
| Séance | Variation | Clôture | Le fait du jour |
|---|---|---|---|
| Lundi 26 octobre | +0,83 % | 7 847,32 points | Soulagement après Moody's, banques en tête |
| Mardi 27 octobre | +0,51 % | 7 887,14 points | STMicro +7,1 %, rebond de l'IA |
| Mercredi 28 octobre | 0,00 % | 7 886,96 points | Stellantis +15,4 %, attente de la Fed |
| Jeudi 29 octobre | +1,05 % | 7 970,00 points | Renault +6,9 %, BCE statu quo |
| Vendredi 30 octobre | -0,01 % | 7 969,42 points | Sanofi +4,7 %, STMicro -5,3 % |
| Semaine | +2,40 % | Octobre : quasi stable (environ +0,1 %) |
Sur le mois d'octobre, le CAC 40 termine quasiment là où il l'avait commencé, autour de +0,1 %. Depuis le 1er janvier, il reste en recul d'environ 2,2 % par rapport à sa clôture de fin 2025 à 8 149,50 points. L'indice a touché 8 755 points au plus haut de l'année et 7 505 au plus bas.
▸ 🔺 Résultats : Stellantis, Sanofi, TotalEnergies et les banques sauvent la semaine
C'était la plus grosse semaine de publications de l'année à Paris, et contrairement à la semaine précédente, les bonnes surprises ont dominé. Le coup d'éclat, c'est Stellantis : mercredi, le titre a bondi de 15,4 %, sa meilleure séance boursière depuis la création du groupe. Le chiffre d'affaires trimestriel ne progresse que de 1 % à 37,6 milliards d'euros et le groupe affiche encore une perte nette de 453 millions, mais la marge opérationnelle est repassée positive, à 0,7 % contre 0,2 %, et la direction vise plus de 6 milliards d'économies d'ici 2028. Le marché a acheté le redressement, pas le niveau. Renault a suivi jeudi avec +6,91 % à 28,17 €, sur des objectifs confirmés malgré des ventes de ses marques en recul de 6 %.
Sanofi a offert à Paris sa meilleure contribution de vendredi : +4,71 % à 79,74 €, sur un chiffre d'affaires trimestriel de 14,44 milliards d'euros, bien au-dessus des attentes, grâce à Dupixent (+34,8 %, 5,7 milliards à lui seul). Le groupe relève ses objectifs 2026 pour la deuxième fois : chiffre d'affaires attendu en hausse de 10 à 13 %. TotalEnergies a publié jeudi un bénéfice net record de 8,26 milliards de dollars sur le trimestre, plus que doublé sur un an, avec un Brent moyen à 97 $ contre 69 $ un an plus tôt, et relève son acompte sur dividende à 0,90 €. Le titre gagne environ 52 % depuis janvier : quand l'énergie fait +24 % dans ton panier, elle fait aussi les bénéfices de la première capitalisation du CAC.
Les banques ont confirmé leur forme : BNP Paribas 3,46 milliards d'euros de bénéfice net (+13,5 %) avec un rachat d'actions de 1,3 milliard en novembre, Société Générale 1,89 milliard, un record, en hausse de 24 %, Crédit Agricole 1,99 milliard (+11 %) avec une banque d'investissement record. Air Liquide a dépassé les attentes et lance 1 milliard de rachats d'actions d'ici fin 2026. Capgemini (+3,5 %) et Dassault Systèmes (+6,3 % jeudi après -4,5 % mercredi) ont relevé leurs objectifs. STMicroelectronics a publié une croissance de 17,9 % et une guidance solide, mais le titre a perdu 5,3 % vendredi, emporté par la chute d'Intel et des semi-conducteurs américains.
Côté déceptions : Pluxee -16,42 % à 11,86 € jeudi sur un résultat net en baisse de 12,3 % et une année 2027 annoncée « de transition », Eutelsat -10,49 % à 1,80 € vendredi sur un chiffre d'affaires sous les attentes et une activité vidéo en chute de 17,8 %, GTT -11,66 % lundi, Dassault Systèmes jugé trop timide mercredi. Sur le SBF 120, Imerys s'est envolé de 13,84 % vendredi après avoir relevé sa prévision d'EBITDA, Mersen a fait +11,9 % puis -10,7 %, Soitec +8 % puis -9,6 %. Et un dossier à suivre : EssilorLuxottica a gagné 3,42 % à 184,30 € vendredi sur une offre de 30 milliards d'euros de l'industriel tchèque Michal Strnad sur Delfin, la holding de la famille Del Vecchio qui détient 32,4 % du capital.
En chiffres : Stellantis +15,4 % en une séance • Sanofi +4,71 % à 79,74 €, objectifs relevés • TotalEnergies 8,26 Md$ de bénéfice net record • BNP 3,46 Md€, Société Générale 1,89 Md€, Crédit Agricole 1,99 Md€ • Pluxee -16,4 %, Eutelsat -10,5 %.
▸ 🔺 Bourse US : Alphabet efface 480 milliards, Intel -28,6 %, l'IA présente la facture
Si tu suis ma série sur la Bourse américaine, retiens cette semaine : c'est celle où Wall Street a commencé à demander des comptes aux géants de l'intelligence artificielle. Le S&P 500 a terminé vendredi à 7 580,07 points, en baisse de 1,82 % sur la séance et de 0,6 % sur la semaine, sa troisième semaine de recul d'affilée. Le Nasdaq a cédé 2,86 % vendredi, sa pire séance depuis juin, et 2 % sur la semaine, à 25 437 points. Sur le mois d'octobre, il perd 5,2 %, son pire mois depuis mars 2025, et se retrouve 7,8 % sous son record du 6 octobre. Le Dow Jones limite la casse à 51 770 points (-0,9 % sur la semaine).
Le choc est venu d'Alphabet. Mercredi soir, la maison mère de Google a publié un chiffre d'affaires de 127,6 milliards de dollars, légèrement sous les attentes, un ralentissement de la recherche en ligne, et surtout un flux de trésorerie libre négatif de 9 milliards, à cause de dépenses d'investissement dans l'IA qui atteindront 195 à 205 milliards cette année, avec une « augmentation significative » promise pour 2027. Le cloud fait +103 %, mais le marché n'a retenu que la facture. Jeudi, le titre a chuté de 12,64 % à 283,82 $, sa pire séance depuis son entrée en Bourse, et près de 480 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés en un jour, la deuxième plus grosse perte quotidienne de l'histoire boursière. Pour te donner l'échelle, c'est de l'ordre d'un budget annuel de l'État français qui disparaît entre 15h30 et 22h.
Microsoft, le même soir, a fait l'inverse : chiffre d'affaires +19 %, Azure +48 %, carnet de commandes commercial +73 %, et un plan de départs volontaires proposé à environ 60 000 salariés, un quart des effectifs, pour financer 175 milliards d'investissements en 2026. Amazon, jeudi soir, a montré un AWS à +39 % mais un flux de trésorerie négatif sur douze mois et des investissements qui passeront à 220 milliards. Et vendredi, Intel s'est effondré de 28,6 % à 65,76 $, sa pire séance de l'histoire, sur des prévisions pour le quatrième trimestre très en dessous des attentes à cause de pénuries de mémoire : environ 140 milliards de capitalisation envolés. Dans le sillage, AMD -10,9 %, Qualcomm -11 %, Broadcom -5,7 %, Nvidia -4,3 % en séance. Résultat de la semaine : Apple, à 5,03 trillions de dollars, est repassée devant Nvidia (4,93 trillions) comme première capitalisation mondiale.
Sur les taux, la Fed a maintenu mercredi sa fourchette à 3,75-4,00 %, comme attendu. Ce qui l'était moins, c'est le vote : 10 voix contre 2, et les deux dissidentes, Lisa Cook et Beth Hammack, voulaient une hausse. Le président Kevin Warsh a répété que l'inflation, à 3,7 % sur un an, reste trop élevée depuis près de six ans, que l'activité est forte (PIB +3,4 % en rythme annuel au troisième trimestre), et que la politique n'a joué aucun rôle à une semaine des élections. Le communiqué officiel est consultable sur le site de la Réserve fédérale. Les marchés donnent 75 à 85 % de chances à une hausse le 9 décembre. Le taux à 10 ans américain a fini la semaine à 4,93 %, après avoir dépassé 5 % en séance mercredi et jeudi. Ça ne t'a pas échappé : c'est exactement le niveau de la France.
En chiffres : S&P 500 7 580 (-0,6 % sur la semaine, +10,7 % depuis janvier) • Nasdaq 25 437 (-2 %, pire mois depuis mars 2025) • Dow Jones 51 770 (-0,9 %) • Alphabet -12,64 %, -480 Md$ • Intel -28,6 % • Fed 3,75-4 %, vote 10-2 • 10 ans US 4,93 %.
Agenda US de la semaine : résultats d'Apple lundi soir, élections de mi-mandat mardi 3 novembre (les démocrates sont favoris pour la Chambre, le Sénat est incertain), AMD mardi, Qualcomm et McDonald's mercredi, rapport sur l'emploi d'octobre vendredi 6 novembre. Nvidia publie le 17 novembre. Et le financement de l'État fédéral n'est assuré que jusqu'au 11 décembre.
▸ 🔺 US contre France : +16 % contre -2 % depuis janvier, l'écart se resserre un peu
Le comparatif que je te donne chaque semaine. Si tu avais placé 10 000 € le 2 janvier 2026 sur le CAC 40, ils valaient environ 9 780 € vendredi soir, soit -2,2 % hors dividendes. Les mêmes 10 000 € placés sur le S&P 500 valaient environ 11 600 €, soit +16 %, une fois convertis en euros. La semaine dernière, l'écart était de 21 points (+18 % contre -3,3 %) ; il est revenu à 18 points, parce que Paris a repris 2,4 % pendant que New York en perdait 0,6 %.
10 000 € placés le 2 janvier 2026 : où en est-on au 30 octobre ?
| Indice | Valeur en euros au 30 octobre | Performance depuis janvier | Semaine du 26 au 30 octobre |
|---|---|---|---|
| S&P 500 (États-Unis), en euros | environ 11 600 € | +16 % (dont +10,7 % en dollars et environ +4,8 % de change) | -0,6 % |
| Nasdaq Composite, en dollars | – | +9,4 % | -2,0 % |
| Dow Jones, en dollars | – | +7,7 % | -0,9 % |
| CAC 40 (France) | environ 9 780 € | -2,2 % | +2,4 % |
Pourquoi un tel écart, encore ? D'abord la composition : le S&P 500 est porté par la tech, qui reste largement positive sur l'année malgré la correction de la semaine, et par l'énergie (ExxonMobil vient de publier 15,4 milliards de dollars de bénéfice, Chevron 9,9 milliards). Le CAC 40 dépend du luxe, en panne, et des banques, qui portent le risque France malgré leurs excellents résultats. Ensuite, la croissance : +3,4 % en rythme annuel aux États-Unis au troisième trimestre, -0,1 % en France. Enfin, le change : l'euro a perdu environ 4,6 % face au dollar depuis le 1er janvier, de 1,1732 à 1,1197. Quand tu achètes des actions américaines depuis la France, tu fais deux paris à la fois : sur les entreprises et sur le dollar. Cette année, les deux ont gagné. Mais retiens le revers : un dollar qui baisserait de 5 % effacerait d'un coup l'avance de change, et la semaine qui s'ouvre, avec les élections de mardi, est exactement le genre de moment où ça peut bouger.
Avant d'investir sur la Bourse américaine, les points à vérifier :
- Le poids des sept plus grosses valeurs dans ton indice ou ton fonds : quand Alphabet perd 12 % en un jour, un ETF S&P 500 en subit mécaniquement une partie.
- La devise de ton support : un ETF couvert contre le risque de change protège si le dollar baisse, mais coûte plus cher et t'a fait rater les +4,8 % de cette année.
- La fiscalité : sur un compte-titres, les dividendes américains subissent une retenue à la source de 15 % avec le formulaire W-8BEN, récupérable en crédit d'impôt en France.
- Ton horizon : trois semaines de baisse d'affilée sur le S&P 500, c'est fréquent ; ce qui compte, c'est la capacité à ne pas vendre au mauvais moment.
Ce sont des points d'attention généraux, pas un conseil d'investissement.
▸ Pétrole : le Brent finit octobre à 117 $, quatrième mois de hausse, et l'OPEP+ ne bouge pas
Le contrat de décembre sur le Brent a expiré vendredi à 117,64 $, en hausse de 2,4 % sur la journée, à son plus haut depuis avril, pour un gain de 13,6 % sur le mois d'octobre. Le nouveau contrat de référence, celui de janvier, a fini à 113,91 $, le WTI américain à 104 $. Le point bas de la semaine a été touché mardi à 109 $ sur des espoirs de négociation, avant une nouvelle attaque contre un tanker vendredi. Dimanche, l'OPEP+ a décidé de maintenir ses objectifs de production de décembre inchangés, autour de 31 millions de barils par jour, et se revoit le 29 novembre. Le gaz européen a dépassé 100 € le mégawattheure mercredi pour la première fois depuis 2022. Pour la Banque mondiale, qui a publié ses prévisions mercredi, le Brent devrait tourner en moyenne autour de 91-92 $ en 2026 contre 69 $ en 2025, et pourrait atteindre 105 $ en 2027 en cas d'escalade. C'est la variable qui décide de tout : de l'inflation, des taux, et donc de ton crédit.
▸ BCE : statu quo à l'unanimité, et Christine Lagarde annonce son départ
Jeudi, la BCE a laissé son taux de dépôt à 2,50 % (2,65 % pour le refinancement, 2,90 % pour la facilité de prêt), à l'unanimité, après deux hausses en juin et septembre pour répondre au choc énergétique. Christine Lagarde a noté que les conditions de financement se sont durcies et que la demande de crédit immobilier recule fortement en zone euro, tout en laissant la porte ouverte à une hausse en décembre. Et surprise du jour : elle a annoncé qu'elle quitterait la présidence le 7 février 2027, huit mois avant la fin de son mandat. Les favoris pour lui succéder sont le Néerlandais Klaas Knot et l'Espagnol Pablo Hernández de Cos. Ce n'est pas anodin pour la France : le successeur décidera de l'usage de l'instrument qui permet à la BCE d'acheter la dette d'un pays attaqué par les marchés, le filet de sécurité potentiel des OAT. Les chiffres de la zone euro, eux, étaient meilleurs que les nôtres : PIB +0,4 % au troisième trimestre selon Eurostat, deux fois plus qu'attendu.
▸ Anthropic dépose son dossier d'entrée en Bourse
Lundi, Anthropic, l'éditeur de l'assistant d'intelligence artificielle Claude, a rendu public son dossier d'introduction au Nasdaq sous le symbole « ANT », avec Goldman Sachs et Morgan Stanley aux manettes. Les chiffres donnent le vertige dans les deux sens : 16,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, dont 11,6 milliards sur le seul deuxième trimestre, contre 4,7 milliards au premier, mais des pertes nettes de plusieurs dizaines de milliards sur le semestre selon les premiers comptes rendus du dossier, sous l'effet des coûts de calcul et de charges comptables. Valorisée 965 milliards en mai, la société viserait 1 500 à 2 000 milliards à la cotation. Deux jours plus tard, Alphabet perdait 480 milliards sur ses dépenses d'IA : c'est tout le paradoxe du moment, le marché veut encore de l'IA, mais plus à n'importe quel prix.
▸ Agenda de la semaine à Paris et en Europe
Mardi : résultats de Ferrari, Intesa, Bayer, et bioMérieux, Rubis et M6 en France. Mercredi : inflation de la zone euro pour octobre (3,8 % en septembre, les économistes attendent 3,9 à 4 %), Novo Nordisk, BMW. Jeudi : la Banque d'Angleterre, où les marchés attendent une hausse de 3,75 % à 4 %, et la plus grosse journée de résultats français de la semaine avec Engie, Legrand, Veolia, Bouygues, Teleperformance, Arkema et Air France-KLM. Vendredi : Getlink, ventes de détail en zone euro, production industrielle allemande. Et toujours en toile de fond, le vote du budget à l'Assemblée mardi à 15h et la grève interprofessionnelle de jeudi.
CRYPTO
L'essentiel en crypto : le bitcoin démarre la semaine autour de 78 000 $ après être tombé à 76 300 $ vendredi, dans la foulée du piratage record de Binance (6,3 milliards de dollars) et d'une Fed qui n'exclut plus de remonter ses taux ; les ETF bitcoin ont connu leur pire journée de sorties depuis juin ; Strategy et Coinbase ont publié des résultats records ; et à Paris, les députés ont rejeté l'exit tax sur les cryptos.
▸ 🔺 Bitcoin sous 77 000 $ : le marché encaisse le braquage de Binance et la Fed
La semaine avait pourtant bien commencé. Lundi matin, le bitcoin s'échangeait autour de 80 000 $, et mercredi soir, après la décision de la Fed, il est même repassé au-dessus de 81 000 $. Puis jeudi à 20h, heure française, Binance a été vidée d'environ 6,3 milliards de dollars en vingt minutes, le plus gros vol de l'histoire de la crypto, quatre fois le piratage de Bybit de février 2025. Je te raconte l'opération en détail dans la section sur l'événement de la semaine. Côté marché, la réaction a été immédiate : -5 % pour le bitcoin, -6 % pour l'ether, -10 % en séance pour le BNB, le jeton de Binance, et entre 1,5 et 1,7 milliard de dollars de positions à effet de levier liquidées en 24 heures.
Vendredi, le bitcoin a touché 76 300 $, son plus bas depuis six semaines, avant de se stabiliser. Il a clôturé le mois d'octobre autour de 77 200 $, en baisse de 7,7 % sur le mois, et se retrouve environ 38 % sous son record de 126 198 $ du 6 octobre 2025. Depuis le 1er janvier, il perd entre 10 et 11 %. Ce lundi matin, il tourne entre 77 900 et 78 400 $, avec un indice « peur et avidité » à 37, en zone de peur, contre 50 il y a une semaine et 67 il y a un mois. Sur l'ensemble d'octobre, 12,5 milliards de dollars de positions ont été liquidées, dont 9,2 milliards de paris à la hausse.
Les cryptos sur 7 jours
| Crypto | Cours lundi 2 novembre (matin) | Sur 7 jours | Repère |
|---|---|---|---|
| Bitcoin (BTC) | environ 78 000 $ | environ -2,5 % | Plus bas vendredi à 76 300 $ ; -7,7 % en octobre ; -10 à -11 % depuis janvier |
| Ethereum (ETH) | environ 2 290 $ | environ -2 % | Environ -23 % depuis janvier |
| Solana (SOL) | environ 95 $ | environ -6 % | A touché 95 $ vendredi |
| XRP | environ 1,25 $ | environ -3 % | -16 % en octobre |
| BNB | environ 710 $ | environ -4 % | -10 % en séance jeudi, puis rebond |
Il y a aussi la Fed. Mercredi, deux membres du comité ont voté pour une hausse des taux, et les marchés donnent désormais environ 80 % de chances à une hausse le 9 décembre. Pour la crypto, c'est le pire des contextes : un dollar qui rapporte 4 % sans risque et une banque centrale qui serre, c'est moins d'argent disponible pour les actifs les plus spéculatifs. Ajoute un Nasdaq en recul de 5 % sur le mois, et tu comprends pourquoi le bitcoin, qui se comporte souvent comme une valeur technologique à effet de levier, n'a pas pu rebondir. Niveaux à surveiller cette semaine : 77 000 $ puis 76 300 $ en support, 80 000 à 82 000 $ en résistance, et la moyenne mobile à 200 jours autour de 73 000 $.
En chiffres : bitcoin 78 000 $ lundi matin, plus bas à 76 300 $ vendredi • -7,7 % en octobre • 1,5 à 1,7 Md$ de liquidations en 24 heures jeudi-vendredi • indice peur et avidité à 37 • capitalisation totale 2 690 Md$, dominance du bitcoin 58,5 %.
▸ 🔺 ETF : la pire journée de sorties depuis juin, et 23 séances de rachats d'affilée sur l'ether
Les flux des fonds cotés sont la boussole des institutionnels, et ils ont changé de direction vendredi. Du lundi au jeudi, les ETF bitcoin américains avaient collecté 440 millions de dollars, quatre séances positives. Vendredi, lendemain du piratage, ils ont subi 643 millions de sorties nettes, leur pire journée depuis le 25 juin : 234 millions chez BlackRock, 201 millions chez Fidelity, 130 millions chez Ark. Bilan de la semaine : -202 millions. Sur le mois d'octobre, les ETF bitcoin terminent à -515 millions, avec un contraste frappant : BlackRock a encore collecté 932 millions sur le mois, pendant que Fidelity perdait 755 millions et Ark 444 millions. Depuis leur lancement en janvier 2024, ils ont tout de même accumulé plus de 57 milliards d'entrées.
L'ether, c'est une autre histoire : cinq séances de sorties sur cinq cette semaine (-431 millions), 23 séances consécutives de rachats au 30 octobre, un record depuis le lancement de ces fonds en juillet 2024, et environ 1,6 milliard de sorties sur le seul mois d'octobre. Vendredi, les deux familles d'ETF cumulées ont perdu 799 millions. Traduction : les institutionnels ne fuient pas la crypto, ils trient. Le bitcoin garde ses acheteurs structurels, l'ether les perd.
▸ 🔺 Strategy, Coinbase, Robinhood : les résultats records d'un trimestre qui est déjà loin
Jeudi, Strategy, l'ex-MicroStrategy, a publié un bénéfice net record d'environ 19 milliards de dollars sur le trimestre. Attention à la lecture : ce n'est pas du cash, c'est une plus-value comptable de 20,9 milliards sur ses 848 517 bitcoins, dont le prix est passé d'environ 58 700 à 83 600 $ entre le 30 juin et le 30 septembre. Avec un bitcoin revenu à 78 000 $, une partie de ce gain s'est déjà envolée. La société n'a pas acheté de bitcoin cette semaine, a vendu pour 432 millions de dollars de bitcoins uniquement pour payer les dividendes de ses actions préférentielles, dispose d'une réserve de 5,07 milliards, et son directeur financier quitte ses fonctions le 5 novembre.
Coinbase a surpris dans l'autre sens : 719 millions de dollars de bénéfice net sur un chiffre d'affaires de 1,2 milliard, là où les analystes attendaient une perte. Le chiffre d'affaires recule pourtant de 34 % sur un an, parce que les volumes d'échanges ont fondu, mais les revenus d'abonnements et de services (570 millions) font désormais jeu égal avec les commissions de trading (590 millions), portés par le stablecoin USDC, dont la plateforme héberge environ 22 milliards. Robinhood, mardi, a montré la même tendance à l'extrême : revenus crypto en chute de 55 % sur un an à 120 millions, volumes crypto -38 %. Les plateformes gagnent de l'argent, mais plus grâce au trading des particuliers : l'intérêt du grand public est au plus bas depuis deux ans.
Et pour les actions du secteur : à Wall Street, vendredi, au lendemain du piratage, Coinbase a perdu 10,6 %, Strategy 7,8 % et Robinhood 7,2 %. Quand un exchange se fait voler 6 milliards, tout le secteur paie.
▸ Budget 2027 : l'exit tax sur les cryptos rejetée, l'amendement sur les stablecoins toujours en suspens
Dans l'examen du budget, vendredi, les députés ont rejeté deux amendements qui visaient à créer une exit tax sur les plus-values latentes en cryptos au-delà de 800 000 € pour les contribuables qui quittent la France. En revanche, ils ont adopté le retour à un délai de 15 ans pour l'exit tax classique sur les titres, contre 2 ans aujourd'hui (5 ans au-delà de 2,57 millions d'euros). Reste en suspens l'amendement adopté le 16 octobre à une voix près, qui taxerait à la flat tax de 31,4 % les conversions de cryptos vers des stablecoins agréés en Europe, alors qu'elles bénéficient aujourd'hui d'un sursis d'imposition. Tout ça dépend du vote de mardi sur la partie recettes, puis du Sénat à partir du 20 novembre. Si tu détiens des cryptos et que tu as un projet d'expatriation ou d'arbitrage vers des stablecoins, c'est le moment de suivre le dossier de près.
▸ Washington : la SEC tourne la page, Ripple obtient sa banque, le Clarity Act attend les élections
Trois signaux réglementaires américains cette semaine. Vendredi, le président de la SEC, Paul Atkins, a déclaré que la plupart des crypto-actifs ne sont pas des titres financiers, l'inverse exact de la doctrine de son prédécesseur, et a renvoyé à sa proposition de règlement d'août qui crée des exemptions de levée de fonds. Lundi, l'autorité bancaire américaine a donné son feu vert définitif à Ripple pour créer une banque fiduciaire nationale, chargée notamment des réserves de son stablecoin RLUSD, que Coinbase a listé mardi. Et au Congrès, la grande loi sur la structure du marché crypto, le Clarity Act, reste bloquée au Sénat depuis septembre : un sénateur républicain a promis mercredi d'en faire la première priorité après les élections, avec la réserve stratégique de bitcoin dans la foulée. Les élections de mardi décideront du calendrier : le secteur a dépensé environ 170 millions de dollars dans la campagne, surtout côté républicain.
▸ Europe : MiCA ferme la porte à l'USDT, l'euro numérique se prépare pour 2029
Vendredi, Coinbase a cessé de proposer le stablecoin USDT de Tether et le PYUSD de PayPal aux particuliers de l'Espace économique européen, conformément aux attentes du régulateur européen qui demande l'arrêt des services sur les stablecoins non agréés MiCA d'ici début janvier 2027. Si tu détiens de l'USDT sur une plateforme européenne, vérifie dès maintenant ce que ta plateforme prévoit. Côté euro numérique, pas de décision du Conseil des gouverneurs cette semaine, mais la BCE a publié vendredi la sélection de ses fournisseurs d'infrastructure, Nexi et Deutsche Telekom en tête, prêts pour une émission potentielle en 2029 si le feu vert politique est donné. La Suisse, elle, a autorisé son premier ETF bitcoin pour les particuliers, coté à Zurich ce mois-ci.
▸ Les dégâts collatéraux : Polymarket, THORChain, portefeuilles piégés
Le piratage de Binance n'était pas le seul de la semaine. Le même soir, Polymarket, la plateforme de paris sur l'actualité, a vu environ 2,9 millions de dollars disparaître de 726 comptes en une heure via un script tiers compromis, et a promis de rembourser 3,9 millions. THORChain, le protocole utilisé par les pirates pour blanchir une partie du butin, a suspendu ses échanges sur dix de ses treize réseaux après une réorganisation de blocs qui a provoqué des doubles remboursements, et son jeton RUNE a perdu 19 % ce lundi. Trezor a alerté sur un portefeuille matériel vendu par un revendeur tiers avec un implant cellulaire, et Singapour enquête sur des Ledger modifiés. La leçon de la semaine tient en une phrase : n'achète jamais un portefeuille physique ailleurs que chez le fabricant, et ne laisse sur une plateforme que ce que tu es prêt à voir bloqué quelques jours.
▸ Agenda crypto : élections, Circle, preuve de réserves
Mardi, les élections américaines, dont le résultat conditionne le vote du Clarity Act. Mardi aussi, Binance a promis une preuve de réserves cryptographique complète après le piratage. Mercredi, Circle, l'émetteur de l'USDC, publie ses résultats du troisième trimestre. Jeudi, la Banque d'Angleterre. Vendredi, l'emploi américain, qui pèsera sur la décision de la Fed du 9 décembre.
L'ÉCONOMIE FRANÇAISE EN BREF
En bref : croissance négative, inflation en hausse, confiance au plus bas depuis 2013, chômage en hausse et une rue toujours mobilisée. La France est entrée dans l'automne avec tous les voyants orange en même temps.
Le PIB a reculé de 0,1 % au troisième trimestre, l'acquis de croissance pour 2026 n'est plus que de 0,2 %, et le gouvernement retient 1 % pour 2027, un chiffre que plus aucun économiste ne défend. L'inflation est à 3,4 % en octobre (3,8 % en indice harmonisé), tirée par une énergie à +24 %. La consommation de biens a reculé de 0,5 % en septembre, pour le deuxième mois d'affilée, avec l'habillement en chute de 5,8 %. La confiance des ménages est à 80, son plus bas depuis juin 2013. Les demandeurs d'emploi sans activité sont 3,35 millions, en hausse de 0,9 % sur le trimestre et de 2,1 % sur un an. Les défaillances d'entreprises dépassent 70 000 sur douze mois, 19 % au-dessus de la moyenne d'avant Covid. Côté finances publiques, la dette atteignait 3 595 milliards d'euros fin juin, 119 % du PIB ; le déficit est attendu à 5,4 % cette année et 5 % en 2027 si le budget passe ; la charge de la dette de l'État doit passer de 62,6 à 72,9 milliards entre 2026 et 2027. Fitch a placé la note sous perspective négative vendredi, S&P se prononce le 27 novembre.
Sur le front social, la troisième journée de mobilisation de samedi 31 octobre a rassemblé 320 000 personnes selon l'Intérieur, près de 500 000 selon les organisateurs, en recul par rapport aux 550 000 du 17 octobre et aux 410 000 du 24, avec 511 interpellations et des heurts en fin de journée à Paris, Lyon, Toulouse et Marseille. Le gouvernement a répondu lundi au mouvement lycéen et étudiant avec 5 milliards d'euros pour le bâti scolaire et universitaire, 15 000 places supplémentaires dans le supérieur, des classes de seconde plafonnées à 28 élèves et des bourses indexées sur l'inflation, jugés insuffisants par les organisations. Prochaines étapes : blocages le 3 novembre, grève interprofessionnelle le 5, nouveaux rassemblements les 6 et 7. Le PLFSS 2027, rejeté par les députés le 23 octobre, est au Sénat. Et le seul vrai rendez-vous, c'est celui de mardi 15h : le vote de la partie recettes du budget 2027, dont dépend tout le reste.
CE QUI SE CROISE CETTE SEMAINE
En une phrase : le fil qui relie tout, cette semaine, c'est l'énergie à +24 % : elle fabrique l'inflation, l'inflation fabrique les taux, les taux fabriquent le coût de ton crédit, et le tout fabrique un budget impossible à voter.
Le premier fil, c'est le pétrole. Un Brent à 114-118 $ avec un détroit d'Ormuz fermé depuis huit mois, c'est à la fois le bénéfice record de TotalEnergies (8,26 milliards de dollars), la hausse de 24 % de l'énergie dans l'indice des prix de l'Insee, les 600 € de plus sur la facture annuelle d'un ménage, et la raison pour laquelle la BCE n'a pas baissé ses taux alors que l'économie recule. Le même baril enrichit l'actionnaire de TotalEnergies et appauvrit le détenteur de Livret A. C'est une divergence réelle, pas une image : le CAC 40 a pris 2,4 % sur une semaine où la confiance des ménages tombait au plus bas depuis 2013.
Deuxième fil : les taux à 10 ans sont au même niveau à Paris et à Washington, et ça ne veut pas dire la même chose. 4,93 % des deux côtés vendredi soir. Mais aux États-Unis, c'est le prix d'une économie qui tourne à +3,4 % avec une inflation à 3,7 % et une Fed qui envisage de monter. En France, c'est le prix d'une économie à -0,1 % avec une inflation à 3,4 %. Le même taux reflète une surchauffe d'un côté et une prime de risque de l'autre. Pour l'investisseur français, ça se traduit par un comparatif US contre France toujours à 18 points d'écart depuis janvier, en faveur des États-Unis.
Troisième fil : la stagflation explique pourquoi les taux de crédit immobilier montent alors que les prix de l'immobilier baissent. C'est contre-intuitif pour beaucoup. Si l'économie recule, les taux devraient baisser. Mais les banques se financent sur l'OAT, l'OAT suit la prime de risque politique, et la BCE regarde l'inflation importée. Résultat : 4,07 % sur 25 ans pour les ménages modestes, des mises en chantier en chute de 9,7 %, une demande d'achat en baisse de 22 % et un investissement des ménages qui pèse négativement sur le PIB. Le logement ne subit pas la stagflation, il la fabrique en partie.
Quatrième fil : le budget que les députés détricotent est celui que les agences attendent. Fitch a passé la perspective à négative le jour même où l'Assemblée supprimait le plafonnement du meublé et après qu'elle a retoqué la surtaxe sur les grandes entreprises. Chaque amendement voté contre l'avis du gouvernement est une ligne de recettes en moins, et Bercy chiffrait déjà le dérapage à 10 milliards avant cette semaine. Pour le propriétaire en meublé, c'est une bonne nouvelle à court terme ; pour l'emprunteur, c'est un spread OAT-Bund qui ne redescendra pas tant que le budget n'est pas voté. Les deux sont la même personne, souvent.
Cinquième fil : la Fed et la crypto. Le bitcoin a fait son plus haut de la semaine mercredi soir après la Fed, puis son plus bas vendredi après Binance. Mais sans la Fed, le piratage aurait sans doute été absorbé plus vite : deux gouverneurs qui votent pour une hausse, un taux à 10 ans à 5 % et un Nasdaq en recul de 5 % sur le mois, c'est un environnement où personne n'achète la baisse. Les sorties de 643 millions des ETF vendredi en sont la preuve. La crypto n'a pas de problème de fondamentaux cette semaine, elle a un problème de liquidité mondiale, le même que les valeurs technologiques.
Sixième fil : Alphabet, Intel et Strategy racontent la même histoire de la valorisation. Alphabet perd 480 milliards parce que le marché refuse de payer des investissements sans retour visible. Intel perd 28 % sur une prévision. Strategy publie 19 milliards de bénéfice comptable qui ont en partie fondu depuis. Dans les trois cas, le prix d'un actif dépend de ce que le marché accepte de croire sur l'avenir, et cette semaine il a cessé de croire sur parole. C'est une convergence réelle entre la tech et la crypto, qui se sont d'ailleurs effondrées ensemble vendredi.
Enfin, le fil social. 320 000 manifestants samedi, une grève jeudi, et un gouvernement qui lâche 5 milliards pour l'école pendant qu'il gèle les APL et cherche 5,5 milliards sur les retraites. L'inflation à 3,4 % est le carburant de cette colère, parce qu'elle touche d'abord ceux qui n'ont ni actions ni biens immobiliers. Et chaque samedi de mobilisation, la prime de risque de la France se rappelle aux prêteurs : c'est précisément la « fragmentation politique et sociale » que Fitch cite dans son communiqué. La rue et les marchés ne se parlent pas, mais ils lisent les mêmes chiffres.
L'ÉVÉNEMENT QUI A MARQUÉ LA SEMAINE
En bref : l'événement mondial de la semaine, c'est le braquage de Binance, 6,3 milliards de dollars volés en vingt minutes par un État, la Corée du Nord selon le FBI ; et l'événement français vu de l'étranger, c'est une France qui recule pendant que l'Europe avance, sanctionnée par Fitch.
▸ 🔺 Binance : 6,3 milliards de dollars volés en vingt minutes, le plus gros braquage de l'histoire
Jeudi 29 octobre, entre 20h05 et 20h56 heure de Paris, les portefeuilles « chauds » de Binance, la première plateforme crypto mondiale, ont été vidés sur dix blockchains différentes : environ 3,8 milliards de dollars en ether, 18 270 bitcoins (environ 1,5 milliard), 628 millions sur Tron, 296 millions en XRP, 96 millions en solana. Une seule transaction dépassait 2,5 milliards. Total : environ 6,3 milliards de dollars, plus de quatre fois le précédent record, le piratage de Bybit en février 2025. Selon le patron de Binance, l'attaque est partie de l'ordinateur portable compromis d'un ingénieur, puis a exploité une fonctionnalité récente d'Ethereum pour détourner les signatures ; la plateforme a ensuite reconnu d'autres points d'entrée. La préparation aurait pris au moins 36 heures.
La riposte a été inédite par sa rapidité. En moins d'une heure, Tether a gelé 1,6 milliard de dollars d'USDT, Circle plus de 800 millions d'USDC, et le réseau Arbitrum a bloqué 30 millions par un vote d'urgence de son conseil de sécurité : environ 3 milliards gelés au total, 1,5 milliard jugés irrécupérables (le XRP notamment ne peut pas être gelé), et environ 1,8 milliard toujours entre les mains des pirates. Samedi, le FBI a officiellement attribué l'attaque au groupe nord-coréen TraderTraitor, une branche de Lazarus, déjà responsable du piratage de Bybit, et a publié 628 adresses à surveiller ; le Trésor américain a sanctionné onze intermédiaires d'un réseau d'informaticiens nord-coréens. Binance, qui avait suspendu dépôts et retraits dans la nuit, a mobilisé son fonds d'assurance et sa trésorerie pour racheter les actifs volés : 90 % remplacés dès samedi, 95 % dimanche, reprise progressive des retraits dimanche avec 4,6 milliards de dollars traités en 24 heures, soit 2,1 % de ses réserves sorties. Une preuve de réserves complète est promise pour mardi.
En chiffres : 6,3 Md$ volés en 20 minutes • 3,8 Md$ en ether, 18 270 bitcoins • 3 Md$ gelés, 1,5 Md$ irrécupérables • 90 % des actifs rachetés par Binance en 48 heures • 4,6 Md$ de retraits traités dimanche • bitcoin -5 % en séance, 1,5 à 1,7 Md$ de liquidations.
Les retombées économiques, concrètement. Pour les clients de Binance, à ce stade, aucune perte : la plateforme a absorbé le choc sur ses fonds propres, ce qu'aucune banque classique ne pourrait faire avec 6 milliards en 48 heures. Pour le marché, un bitcoin à 76 300 $ vendredi, 1,7 milliard de positions liquidées, et des actions Coinbase, Robinhood et Strategy en chute de 7 à 11 %. Pour la Corée du Nord, si l'attribution est confirmée, c'est une source de financement équivalente à plusieurs années d'exportations officielles du pays. Et pour l'industrie, une démonstration de ce que valent les stablecoins centralisés : Tether et Circle ont gelé 2,4 milliards en quelques minutes, ce que ni le bitcoin ni le XRP ne permettent. C'est un argument massif pour les régulateurs, qui veulent précisément ce pouvoir de blocage.
Ce que ça peut indiquer pour l'avenir. Trois choses. D'abord, le risque n'est plus le hacker isolé, c'est l'État : un acteur qui a 36 heures, des équipes et aucune contrainte légale. Ensuite, la preuve de réserves, née après la faillite de FTX, devient le standard de survie d'une plateforme : Binance a tenu parce qu'elle pouvait montrer qu'elle avait les fonds, et le marché la jugera mardi sur cette preuve. Enfin, la régulation va accélérer : aux États-Unis, le Clarity Act attend les élections de mardi ; en Europe, MiCA impose déjà des exigences de garde, et cet épisode donnera des arguments à ceux qui veulent interdire les plateformes qui ne les respectent pas. Pour toi, la règle n'a pas changé depuis FTX : ce qui est sur une plateforme ne t'appartient que tant que la plateforme tient.
▸ 🔺 La France vue de l'étranger : le seul grand pays d'Europe qui recule
Vendredi matin, Eurostat a publié la croissance de la zone euro au troisième trimestre : +0,4 %, deux fois plus qu'attendu, +0,5 % pour l'Union européenne. Le même matin, l'Insee annonçait -0,1 % pour la France. C'est ce contraste que la presse économique internationale a retenu : la France n'est pas victime d'une crise européenne, elle est la crise européenne. Les agences de presse anglo-saxonnes ont relayé les mots du ministre de l'Économie, qui a reconnu sur une radio publique trois trimestres sans croissance et une économie qui fonce vers le mur, et ceux d'un économiste d'un grand assureur-crédit qui parle d'un point de départ très faible pour 2027. Fitch a conclu la journée en passant la perspective de la note à négative, en citant noir sur blanc la fragmentation politique et les tensions sociales. La liste officielle des notations de la France est tenue par l'Agence France Trésor.
Le contraste est réel et il faut le nuancer en même temps. Réel, parce que la France emprunte toujours plus cher que l'Italie et l'Espagne à 10 ans, une situation que personne n'imaginait il y a trois ans, et parce que son spread avec l'Allemagne, à 1,59 point, reste au-dessus de tout ce qu'on a vu entre 2012 et 2024. À nuancer, parce que ce spread a reculé de 13 points de base sur la semaine, parce que l'OAT est repassée sous 5 % dès lundi, et parce que la zone euro à +0,4 % doit beaucoup à des effets de stocks et à quelques pays. Les investisseurs étrangers n'ont pas fui la France cette semaine, ils l'ont mise sous surveillance. Et la surveillance a une date : mardi 15h.
CE QU'IL FAUT RETENIR
En une phrase : la France combine désormais une croissance négative et une inflation à 3,4 %, le pire cocktail pour ton épargne, et tout ce qui peut l'aggraver ou l'arrêter se joue mardi à l'Assemblée et dans le détroit d'Ormuz.
- Stagflation : PIB -0,1 % au 3e trimestre, inflation 3,4 % en octobre, énergie +24 %, confiance des ménages au plus bas depuis 2013, Fitch en perspective négative.
- Ton quotidien : un Livret A à 1,7 % perd 165 € de pouvoir d'achat par an pour 10 000 €, une pension gelée de 2 100 € perd 71 € par mois, et un ménage moyen paie environ 600 € d'énergie en plus sur l'année.
- Tendance de fond : taxe gigaoctet votée par 11 députés, exit tax à 15 ans, taxe sur les rachats d'actions : un État sous pression qui empile les petits impôts, pendant que les départs de redevables ISF ont déjà doublé entre 2011 et 2014.
- Immobilier : taux à 3,76 % sur 20 ans en novembre et 4,07 % sur 25 ans pour les revenus modestes, réforme du meublé supprimée par les députés, mises en chantier -9,7 %, six SCPI en baisse de prix de part.
- Bourse : CAC 40 +2,4 % à 7 969 points grâce aux résultats, Alphabet -480 Md$ en une séance, Intel -28,6 %, Nasdaq pire mois depuis mars 2025, Fed à 3,75-4 % avec deux voix pour une hausse ; +16 % contre -2 % depuis janvier en faveur des États-Unis.
- Crypto : piratage record de Binance à 6,3 Md$, bitcoin autour de 78 000 $, ETF bitcoin en sortie de 643 M$ vendredi, exit tax crypto rejetée à l'Assemblée.
- À surveiller : le vote de la partie recettes du budget mardi 3 novembre à 15h, les élections américaines le même jour, la grève du 5 novembre, l'emploi américain le 6, l'inflation de novembre le 28, S&P sur la France le 27 novembre, la Fed le 9 décembre.
On en parle en direct ce lundi entre 13h et 14h sur la chaîne YouTube : viens avec tes questions.
FAQ : LA STAGFLATION ET TON ARGENT
Qu'est-ce que la stagflation et la France y est-elle ?
La stagflation, c'est une économie qui stagne ou recule pendant que l'inflation reste élevée et que le chômage monte. Au troisième trimestre 2026, le PIB français a reculé de 0,1 %, l'inflation est montée à 3,4 % en octobre et les demandeurs d'emploi ont augmenté de 0,9 %. Les trois ingrédients sont réunis, mais aucune institution n'a officiellement employé le terme, et un seul trimestre de recul ne suffit pas à parler de récession.
Pourquoi l'inflation remonte-t-elle en France en octobre 2026 ?
À cause de l'énergie, en hausse de 24,1 % sur un an. Le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis la fin février 2026 et le Brent a terminé octobre entre 114 et 118 dollars, contre 69 dollars en moyenne en 2025. Hors énergie, les services progressent de 2,7 % et l'alimentation de 1,2 %.
Combien perd un Livret A face à une inflation à 3,4 % ?
Environ 1,7 point de pouvoir d'achat par an, puisque le Livret A rapporte 1,7 %. Pour 10 000 €, cela représente environ 165 € de perte réelle la première année et près de 800 € au bout de cinq ans si rien ne change. Un Livret A plein, à 22 950 €, perd environ 380 € de pouvoir d'achat en un an.
Les taux de crédit immobilier vont-ils continuer à monter ?
C'est la tendance pour l'instant. En novembre 2026, le taux moyen sur 20 ans est à 3,76 %, contre 3,66 % en octobre, et il dépasse 4 % sur 25 ans pour les ménages gagnant moins de 40 000 € par an. L'observatoire de référence du crédit anticipe 3,55 % en moyenne fin 2026 et 3,85 % fin 2027, en lien avec un taux d'emprunt de l'État proche de 5 % et une BCE qui pourrait relever ses taux en décembre.
Qu'a décidé Fitch sur la note de la France ?
Le 30 octobre 2026, Fitch a maintenu la note A+ mais a abaissé sa perspective de stable à négative, en citant une croissance plus faible, des coûts d'emprunt plus élevés, un déficit plus large et la fragmentation politique. L'agence projette une dette à 124 % du PIB en 2028. La prochaine décision est celle de S&P, le 27 novembre 2026.
Que s'est-il passé chez Binance le 29 octobre 2026 ?
Binance a subi le plus gros piratage de l'histoire de la crypto : environ 6,3 milliards de dollars volés en vingt minutes, attribués par le FBI au groupe nord-coréen TraderTraitor. Environ 3 milliards ont été gelés par Tether, Circle et Arbitrum, Binance a racheté 90 % des actifs volés sur ses propres fonds en 48 heures, et les retraits ont repris dimanche 1er novembre. Les clients n'ont pas subi de perte à ce stade.
Bourse américaine ou Bourse de Paris : laquelle a le mieux performé en 2026 ?
La Bourse américaine. 10 000 € placés le 2 janvier 2026 sur le S&P 500 valaient environ 11 600 € le 30 octobre (+16 %), contre environ 9 780 € sur le CAC 40 (-2,2 %), en euros et hors dividendes. Près d'un tiers de l'avance américaine vient de la hausse du dollar face à l'euro, environ 4,8 % depuis janvier.
Que change la suppression du plafonnement LMNP votée par les députés ?
Rien pour l'instant, et c'est une bonne nouvelle pour les loueurs en meublé. Le projet de budget 2027 limitait l'amortissement déductible à 2,5 % du prix et 7 000 € par an. Les députés l'ont supprimé le 30 octobre 2026 par 45 voix contre 41. Le Sénat peut toutefois rétablir la mesure, et le vote sur l'ensemble du budget n'aura lieu que le 17 novembre.
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