À RETENIR CETTE SEMAINE : la Fed a surpris tout le monde en relevant ses taux de 25 points de base (à 3,75-4,00 %), sa toute première décision sous la présidence de Kevin Warsh. La BCE a fait pareil de son côté et grimpe à 2,50 % face au retour de l’inflation. Résultat : les taux longs s’envolent partout, et la France paie le prix fort avec un écart OAT-Bund au plus haut depuis la crise de la dette de 2012. Le CAC 40 termine la semaine en repli de 0,6 %, plombé par une séance de vendredi catastrophique. Ajoute à ça une correction sur l’IA, un pétrole sous tension et un chômage français qui remonte : la rentrée boursière est nerveuse.

La Fed change de visage, et elle monte les taux au lieu de les baisser

C’est LE événement de la semaine, et il a de quoi surprendre si tu n’as pas suivi de près : le 16 septembre, le FOMC a relevé ses taux directeurs de 25 points de base, portant la fourchette des Federal Funds de 3,50-3,75 % à 3,75-4,00 %. Le marché s’y attendait un peu, l’outil FedWatch du CME donnait 87 % de probabilité à ce scénario, mais ça reste la toute première décision de politique monétaire sous la présidence de Kevin Warsh, qui a succédé à Powell. Et le message envoyé est clair : on n’est plus dans une logique de baisse.

Pourquoi cette hausse ? Les chiffres parlent : le CPI d’août est ressorti à +0,4 % sur le mois (soit 3,4 % en rythme annualisé), et le core CPI à +0,3 % (2,4 % annualisé), au-dessus des attentes. L’inflation sous-jacente ne redescend pas comme prévu. Et côté emploi, pas d’excuse pour temporiser : 162 000 créations de postes en août, un marché du travail qui reste robuste. Autrement dit, plus aucun argument pour être accommodant.

Le plus inquiétant pour la suite : 16 des 18 membres du comité anticipent encore d’autres hausses avant la fin de l’année. Warsh a d’ailleurs été très clair sur sa doctrine : « il n’existe ni objectif souple, ni objectif implicite souple… un seul objectif, fixé à 2 % ». On change complètement de logiciel par rapport à l’ère Powell. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a d’ailleurs franchi la barre des 5 %, un niveau plus vu depuis 2007. Ça, c’est un vrai signal à surveiller pour tous les marchés, actions comme immobilier.

La France sous perfusion des marchés obligataires

Si tu veux comprendre pourquoi le CAC 40 a mal fini la semaine, c’est ici que ça se joue. Vendredi 18 septembre, l’indice a plongé de 1,49 % en une seule séance (-121,91 points), pour clôturer à 8 065,02 points. Sur l’ensemble de la semaine, le CAC 40 termine en repli de 0,6 %. Le SBF 120 a suivi la même trajectoire, en baisse de 1,5 % vendredi.

La cause : le taux d’emprunt français à 10 ans (l’OAT) a bondi à 4,57 %, en hausse de 12 points de base sur la seule séance de vendredi. Et surtout, l’écart entre le taux français et le taux allemand (le fameux spread OAT-Bund) s’est élargi à 104 points de base, du jamais vu depuis 2012, en pleine crise de la dette dans la zone euro. Le taux allemand, lui, est resté quasi stable à 3,53 % (+4 points de base seulement). C’est bien la France qui est isolée sur ce coup.

Le déclencheur politique : le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté un plan visant 54 milliards d’euros d’économies, avec notamment le gel du point d’indice de la fonction publique et des mesures sur certaines pensions, dans la perspective des débats budgétaires à venir. Les marchés n’aiment pas l’incertitude budgétaire, encore moins avec une dette qui coûte de plus en plus cher à refinancer. Si tu suis l’immobilier, retiens ça : quand l’OAT grimpe, le coût du crédit suit tôt ou tard.

La BCE aussi hausse ses taux : un scénario que personne n’avait vraiment sur son radar

Coup double cette semaine : après la Fed, c’est la BCE qui a également relevé ses taux directeurs, à 2,50 %, lors de sa réunion du 10 septembre. On sort clairement du cycle de baisses qu’on a connu ces deux dernières années.

Christine Lagarde a justifié cette décision en alertant sur un choc énergétique durable, pas juste un pic passager. Les facteurs cités : un marché du travail américain qui reste tendu, une reprise économique fragile en zone euro, et un rebond de l’inflation en Chine qui complique la donne à l’échelle mondiale.

Pour toi qui investis en bourse ou en immobilier, ce double mouvement Fed + BCE est le vrai fil rouge de la semaine : on entre dans un régime de taux plus élevés plus longtemps, et ça va continuer à peser sur les valorisations, le crédit et le coût de la dette partout, y compris en France.

Wall Street tient bon, contraste frappant avec Paris

Pendant que le CAC 40 souffre, les indices américains font plutôt bonne figure en début de semaine. Le Dow Jones clôture lundi à 51 682,64 points (-0,18 %), le Nasdaq Composite grimpe lui de +0,39 % à 26 522,55 points. Le décalage avec l’Europe est net.

Ce contraste s’explique en partie par la structure des indices américains, plus tech, plus résilients face à la remontée des taux court terme, malgré le rendement à 10 ans US au-dessus de 5 %. Mais attention : ce calme relatif reste fragile tant que la Fed n’a pas fini son cycle de hausses.

L’IA prend un coup de froid

Rebondissement inattendu : plusieurs grands noms de l’intelligence artificielle ont lancé un appel conjoint à ralentir le développement de l’IA. Résultat immédiat : une correction dans tout l’écosystème tech.

En Asie, les valeurs de semi-conducteurs ont payé la facture : SK Hynix -1 %, Samsung -1,5 %, et l’indice sud-coréen Kospi en repli de 0,5 %. Le Bitcoin n’a pas été épargné non plus, reculant d’environ 2 % et repassant sous les 77 500 dollars.

Le pétrole fait le yoyo

En début de semaine, le Brent grimpe au-dessus de 107 dollars le baril après la fermeture d’un oléoduc stratégique saoudien pour les exports de brut. Le WTI suit autour de 103 dollars.

Puis détente en fin de semaine : le Brent retombe à 104,72 dollars vendredi, la capacité de l’oléoduc étant partiellement restaurée. Un aller-retour de plus de 2 dollars sur la semaine, révélateur de la nervosité actuelle sur les marchés de matières premières.

L’or et surtout l’argent, grands gagnants de la semaine

Dans un climat de hausse de taux, l’or a plutôt bien résisté à environ 3 806 euros l’once, en progression de 0,5 % sur la semaine, malgré des prises de bénéfices initiales après la décision de la Fed.

Mais la vraie star, c’est l’argent : +6,4 % sur la semaine, à 58,5 euros l’once, portée par une demande industrielle forte dans le photovoltaïque et l’électronique. Le platine (+1,7 %) et le palladium (+2,5 %) ont aussi profité du mouvement.

Les valeurs qui ont fait le grand écart à Paris

Côté gagnants : Coface a bondi de 8,90 % en début de semaine, Exosens a pris 2,97 %, et STMicroelectronics a limité la casse vendredi avec +2,39 % alors que le reste de l’indice plongeait.

Côté perdants : Worldline a chuté de 7,06 %, Atos Group de 6,72 %, et ArcelorMittal ainsi que Bouygues ont aussi accusé des replis marqués lors de la séance de vendredi, plombés par la remontée des taux français.

Les industriels bougent leurs pions

TotalEnergies annonce un investissement de 10 milliards de dollars en Angola sur les cinq prochaines années, pour renforcer sa présence en Afrique de l’Ouest. Schneider Electric, de son côté, ferme une usine dans la Vienne tout en investissant 150 millions d’euros dans sa réorganisation industrielle.

Eramet a annoncé le redémarrage des opérations minières de PT Weda Bay Nickel en Indonésie. Et sur le marché obligataire d’entreprise, Nexans a émis 500 millions d’euros d’obligations convertibles pour refinancer une acquisition, tandis que Deutsche Börse plaçait 600 millions d’euros du même type d’instrument.

Le chômage français continue de grimper

Dernier point, mais pas des moindres pour comprendre le climat économique général : selon l’Insee, le taux de chômage en France a atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026, en hausse de 0,2 point.

Et les perspectives ne s’améliorent pas : l’Insee prévoit un taux de chômage à 8,6 % en fin d’année. Un contexte qui pèse forcément sur la consommation, la confiance des ménages, et in fine sur l’immobilier et la bourse françaises.

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Ce qu’on en retient

Cette semaine marque un vrai tournant : la Fed ET la BCE montent leurs taux au même moment, ce qui n’était clairement pas le scénario dominant il y a encore quelques mois. La France paie cash cette nervosité avec un spread OAT-Bund au plus haut depuis 2012, dans un contexte budgétaire tendu autour du plan Lecornu. Le CAC 40 recule sur la semaine, pendant que Wall Street résiste mieux. Ajoute à ça une correction sur l’IA, un pétrole volatil et un chômage français qui remonte : le message est clair, on entre dans une phase où les taux redeviennent le sujet numéro un, et ça va se ressentir aussi bien sur les actions que sur le crédit immobilier dans les mois qui viennent.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Les informations partagées reflètent une analyse personnelle de l’actualité économique et financière, et ne sauraient se substituer à l’avis d’un professionnel agréé. Investir comporte des risques de perte en capital.