Semaine du 19 au 25 octobre 2026

L'essentiel en 30 secondes : le taux d'emprunt de la France à 10 ans a dépassé 5 % cette semaine, une première depuis 2002, et l'écart avec l'Allemagne n'a jamais été aussi grand depuis 2011. Moody's n'a pas dégradé la note de la dette française, mais ce sursis dépend du vote du budget le 3 novembre. Dans cet article, je t'explique jusqu'où la France peut tenir, ce que ça peut changer pour ta TVA, tes retraites et ton crédit immobilier, puis tout ce qu'il faut savoir sur l'immobilier, la Bourse de Paris et de New York, et la crypto.

 

AU SOMMAIRE

 

LES 3 INFOS QUI COMPTENT CETTE SEMAINE

▸ 🔺 La France emprunte désormais à plus de 5 % sur 10 ans, une première depuis 2002, avec un écart record face à l'Allemagne depuis 2011. Moody's a choisi vendredi soir de ne pas dégrader la note, mais c'est un sursis conditionné au budget, pas un satisfecit.

▸ 🔺 Semaine noire à la Bourse de Paris : le CAC 40 perd 2,2 % et finit à 7 783 points. Carrefour s'effondre de 13,8 % après avoir chiffré l'impact des pillages jusqu'à 200 millions d'euros, Kering plonge de 16,6 %, pendant qu'EssilorLuxottica et L'Oréal sauvent l'honneur. Wall Street limite la casse (-0,5 % pour le S&P 500), et depuis janvier l'écart entre Paris et New York devient abyssal.

▸ 🔺 Le bitcoin repasse sous les 80 000 $ avant la Fed de mercredi, malgré des ETF encore acheteurs sur la semaine (+301 M$). Pendant ce temps, HSBC et JPMorgan avancent leurs pions sur les stablecoins et la monnaie tokenisée.

 

LA FRANCE EMPRUNTE À PLUS DE 5 % : CE QUE LE SURSIS DE MOODY'S NE RÈGLE PAS

La réponse courte : depuis le 21 octobre, la France emprunte à plus de 5 % sur 10 ans, du jamais vu depuis 2002, et Moody's ne lui a laissé qu'un sursis conditionné au vote du budget du 3 novembre.

Je commence par ce chiffre parce qu'il résume la semaine et qu'il touche tout le monde, que tu sois propriétaire, emprunteur, épargnant ou simple contribuable. Mercredi 21 octobre, le taux auquel l'État français emprunte sur 10 ans a clôturé à 5,01 %. C'est la première fois depuis 2002 qu'il dépasse la barre des 5 %.

Et il ne s'est pas arrêté là : 5,07 % jeudi soir. Pour te donner l'échelle, il était autour de 4,85 % il y a deux semaines.

Ce n'est pas seulement le niveau qui compte, c'est l'écart. L'Allemagne, elle, emprunte autour de 3,40 % à 3,47 %. L'écart entre les deux, ce qu'on appelle le spread, a atteint 1,74 point, son plus haut niveau depuis 2011, en pleine crise des dettes souveraines européennes.

Traduction : les investisseurs exigent une prime de plus en plus grosse pour prêter à la France plutôt qu'à son voisin. Et cette prime n'a rien à voir avec la BCE ou l'inflation de la zone euro, puisque l'Allemagne y est soumise aussi. C'est une prime de risque purement française : politique, budgétaire et désormais sociale.

Lundi, au lendemain du week-end de violences, le marché l'a dit clairement. Sa crainte, c'est de voir la France dépenser davantage pour répondre aux revendications alors qu'elle doit justement se serrer la ceinture. Le projet de budget 2027 prévoit un effort global de 54 milliards d'euros, dont 43 milliards de nouvelles économies.

Mais l'examen à l'Assemblée patine : le vote sur la partie recettes, prévu le 20 octobre, a été repoussé au 3 novembre, faute d'avoir examiné plus de 15 articles sur 58. Le vote sur l'ensemble est prévu le 17 novembre. Et si la première partie est rejetée, c'est tout le budget qui tombe, avec un recours possible au 49.3.

Vendredi soir, tout le monde attendait la sanction. Moody's notait la France Aa3 avec perspective négative, et la majorité des économistes anticipaient une dégradation d'un cran, à A1, pour rejoindre Fitch et S&P qui ont déjà abaissé leur note (la liste officielle des notes de la France est tenue par l'Agence France Trésor). Surprise : l'agence a maintenu la note et la perspective négative.

Le Premier ministre y a vu un signal positif pour les prêteurs. Mais lis bien la condition : Moody's a prévenu que ce maintien repose sur l'adoption d'un budget conforme aux objectifs de réduction du déficit. Autrement dit, la note est suspendue au vote du 3 novembre.

En chiffres : OAT 10 ans à 5,07 % jeudi (5,01 % mercredi, première fois depuis 2002) • Bund allemand autour de 3,40 % • spread à 1,74 point, record depuis 2011 • note Moody's maintenue à Aa3, perspective négative • déficit public attendu à 5,4 % du PIB en 2026 • dette jusqu'à 121,7 % du PIB en 2027 selon les prévisions • effort budgétaire de 54 Md€, dont 43 Md€ d'économies nouvelles • vote des recettes reporté au 3 novembre.

Taux d'emprunt à 10 ans : la France face à ses voisins

Pays Taux à 10 ans Commentaire
France 5,07 % (jeudi 22 octobre) Au-dessus de 5 % pour la première fois depuis 2002
Allemagne Environ 3,40 % Référence de la zone euro
Écart France-Allemagne 1,74 point Plus haut depuis 2011
États-Unis Environ 5,01 % (vendredi 23 octobre) Niveau quasi identique à la France

Pourquoi ça te concerne directement ? Parce que l'OAT, c'est la boussole des banques. Quand l'État paie plus cher pour emprunter, les banques se refinancent plus cher, et tôt ou tard elles le répercutent sur ton crédit immobilier.

C'est aussi le coût de la dette publique : chaque hausse de taux alourdit la charge d'intérêts, donc la facture que paient les contribuables, et réduit d'autant les marges de manœuvre d'un budget déjà sous tension. On en parle dans les sections immobilier et bourse plus bas, parce que tout est lié.

 

JUSQU'OÙ LA FRANCE PEUT-ELLE TENIR ? CE QUE LA HAUSSE DES TAUX VEUT DIRE POUR TOI

La réponse courte : il n'existe pas de seuil officiel, mais un point de taux en plus finit par coûter des dizaines de milliards d'euros par an, et pendant la crise de 2010-2012, la zone rouge se situait autour de 7 % sur 10 ans. La France est à 5,07 %.

La vraie question que tout le monde se pose, c'est : à partir de quel taux ça casse ? Je vais être honnête avec toi : il n'existe pas de chiffre magique écrit quelque part, du style « à 6 % la France fait faillite ». Mais on peut mettre des ordres de grandeur très concrets sur la table.

Première chose à comprendre : la hausse arrive lentement, mais elle arrive. La France ne refinance pas toute sa dette d'un coup. La durée de vie moyenne de la dette de l'État est d'environ 8 ans et demi. Donc un taux à 5 % ne s'applique d'abord qu'à la dette nouvelle et à celle qu'on renouvelle, puis il contamine le stock année après année.

Selon les documents budgétaires de l'État, une hausse durable d'un point des taux coûte environ 3,1 milliards d'euros la première année, et environ 18 milliards d'euros par an au bout de cinq ans. Et la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, a chiffré le coût à environ 40 milliards d'euros par an à horizon de sept ans pour un point de taux supplémentaire.

Ce que coûte un point de taux en plus

Horizon Coût estimé par an Source
1re année Environ 3,1 Md€ Documents budgétaires de l'État (dette de l'État)
Au bout de 5 ans Environ 18 Md€ Documents budgétaires de l'État (dette de l'État)
À horizon de 7 ans Environ 40 Md€ Présidente de la Cour des comptes

Ce que ça représente dans ta vie de tous les jours :

  • 40 milliards d'euros par an, c'est environ trois fois le budget annuel de la Justice. Autrement dit, un seul point de taux en plus, c'est l'équivalent de trois ministères de la Justice qui partent chaque année en intérêts, sans construire une école, un hôpital ou une route.
  • L'« année blanche », le gel pendant un an des retraites et des prestations sociales, devait rapporter environ 3,6 milliards d'euros. Les 18 milliards par an d'un point de taux au bout de cinq ans, c'est donc l'équivalent de cinq années blanches cumulées, chaque année. C'est pour ça que la hausse des taux finit toujours par se payer sur les retraites, les allocations ou les impôts.
  • Les intérêts de la dette font déjà partie des tout premiers postes de dépense de l'État. Chaque euro de plus versé aux créanciers, c'est un euro de moins pour le reste, ou un euro d'impôt en plus.

Alors, où est la zone rouge ? Deux repères factuels. Le premier, c'est la mécanique de la dette : tant que le taux moyen payé sur toute la dette reste inférieur à la croissance de l'économie (croissance réelle plus inflation), la situation reste gérable. Quand il la dépasse, la dette grossit toute seule, même sans nouveau déficit : c'est l'effet boule de neige.

Avec une croissance réelle sous 1 %, la marge se réduit vite. Le second repère, c'est l'histoire : pendant la crise des dettes souveraines de 2010-2012, le seuil des 7 % sur 10 ans était vu par les marchés comme la zone de non-retour. L'Irlande et le Portugal ont dû demander l'aide européenne après l'avoir franchi, et c'est quand l'Italie a dépassé les 7 % que Berlusconi est tombé.

On en est à 5,07 %. On n'y est pas, mais on n'en a jamais été aussi proches depuis vingt ans.

Et concrètement, qu'ont fait les pays qui ont franchi ces niveaux ? Ce ne sont pas des prévisions pour la France, ce sont les mesures réellement prises ailleurs. Le Portugal a relevé sa TVA à 23 %. La Grèce a porté sa TVA à 23 % et a baissé les pensions de retraite. L'Italie a gelé l'indexation des retraites sur l'inflation, reculé l'âge de départ et rétabli la taxe foncière sur la résidence principale (on y revient juste en dessous). La règle est toujours la même : quand le coût de la dette explose, la facture arrive dans le quotidien des gens, à la caisse, sur la feuille de pension et sur l'avis d'imposition.

 

ET MAINTENANT ? DEUX SCÉNARIOS POUR LES PROCHAINES SEMAINES

En résumé : tout se joue autour du vote du budget le 3 novembre, entre un scénario où le marché pousse les taux vers 5,2-5,3 % et un scénario de compromis qui détend la prime de risque.

Précision importante : ce qui suit, ce sont deux scénarios, pas des prévisions. Je pars des faits de la semaine et je déroule la logique de chaque camp.

Le scénario négatif : le marché fait le travail de Moody's. Le 3 novembre, la partie recettes est rejetée ou adoptée dans une version qui ne tient plus l'objectif de déficit. Le gouvernement doit passer en force, ou le budget tombe. La mobilisation sociale continue (les Gilets jaunes ont déjà annoncé un acte III le 31 octobre, et une grève interprofessionnelle est appelée le 5 novembre par la CFDT, la CGT, FO, l'Unsa et la FSU).

Dans ce cas, les investisseurs n'attendent pas la prochaine revue de Moody's : ils vendent de l'OAT, le taux monte vers 5,2 ou 5,3 %, le spread continue de se creuser, et le prix du crédit immobilier suit. Les banques françaises, déjà chahutées en Bourse, restent sous pression. Et le pétrole au plus haut depuis avril ajoute une couche d'inflation importée au moment où on aurait besoin de l'inverse.

Le scénario positif : un compromis qui calme le jeu. Le sursis de Moody's crée une fenêtre. Si un compromis budgétaire est trouvé d'ici le 3 novembre, même imparfait, et si la journée du 24 octobre (beaucoup plus calme que celle du 17) marque le début d'une décrue des violences, la prime de risque peut se détendre. Une détente du pétrole, si les efforts diplomatiques entre Washington et Téhéran aboutissent, ferait aussi baisser la pression sur l'inflation. Et une Fed qui confirme mercredi qu'elle n'est pas pressée de remonter ses taux soulagerait les marchés de taux du monde entier, y compris le nôtre.

 

MON AVIS PERSONNEL : LE VRAI JUGE, CE N'EST PLUS MOODY'S, C'EST LE MARCHÉ

Là, je sors du registre factuel et je le dis clairement : ce qui suit, c'est mon avis, pas une certitude ni un conseil. Mon avis en une phrase : le maintien de la note n'est pas une bonne nouvelle, c'est un sursis, et le vrai juge est désormais le marché obligataire.

Je pense que beaucoup vont lire le maintien de la note comme une bonne nouvelle, et c'est une erreur de lecture. Une agence de notation, c'est une photo prise tous les six mois. Le marché obligataire, lui, vote tous les jours.

Et cette semaine, il a déjà voté : 5,07 %. Moody's n'a pas dit que tout allait bien, elle a dit « je vous laisse encore une chance de voter un budget sérieux ». Si cette chance n'est pas saisie, la sanction viendra du marché bien avant la prochaine revue.

Ce qui m'inquiète le plus, c'est l'effet ciseaux. D'un côté, la rue réclame plus de pouvoir d'achat, donc plus de dépenses ou moins de prélèvements. De l'autre, les créanciers réclament moins de déficit, donc plus d'économies.

Les deux demandes sont légitimes chacune de leur point de vue, mais elles sont incompatibles à court terme. Quand un pays se retrouve coincé entre ses électeurs et ses prêteurs, l'histoire montre que ce sont rarement les prêteurs qui cèdent en premier.

Ce qui pourrait me donner tort : un budget voté proprement le 3 novembre, un pétrole qui redescend et un mouvement social qui s'essouffle. Les trois choses à regarder : le taux à 10 ans au jour le jour, le vote du 3 novembre et le spread avec l'Allemagne. Tant qu'il reste au-dessus de 1,5 point, la défiance est là.

 

UN PARALLÈLE AVEC L'HISTOIRE : L'ITALIE DE L'AUTOMNE 2011

En bref : en 2011, l'Italie a montré ce qui arrive quand le taux à 10 ans d'un pays très endetté dépasse 7 % : le gouvernement tombe et les habitants paient l'austérité dans leur quotidien.

Un spread record depuis 2011, ça m'a donné envie de regarder ce qui s'était passé en 2011, justement. Toutes proportions gardées, parce que les situations ne sont pas identiques. Il y a deux semaines, j'avais déjà fait l'exercice avec l'Argentine de la fin des années 1990.

À l'automne 2011, l'Italie est au cœur de la crise des dettes européennes. Le gouvernement de Silvio Berlusconi n'arrive plus à faire passer de réformes crédibles, les marchés perdent confiance, et le 9 novembre 2011, le taux italien à 10 ans dépasse les 7 %, avec un écart face à l'Allemagne de plus de 5 points. Trois jours plus tard, le 12 novembre, Berlusconi démissionne. Mario Monti, ancien commissaire européen, prend la tête d'un gouvernement technique chargé de faire voter un plan d'austérité.

Et ce plan, les Italiens l'ont senti tout de suite dans leur quotidien. Le paquet adopté en décembre 2011 pèse environ 30 milliards d'euros sur trois ans. Concrètement : les retraites ne sont plus indexées sur l'inflation en 2012 et 2013, sauf pour les plus petites pensions. L'âge de départ grimpe d'un coup à 66 ans pour les hommes, avec un passage programmé à 67 ans, et il faut désormais plus de 42 ans de cotisation pour partir avant. La taxe foncière sur la résidence principale, supprimée en 2008, fait son retour sous le nom d'IMU, pour environ 5 milliards d'euros rien que sur les résidences principales. Les taxes sur l'essence augmentent au 1er janvier 2012.

Et la TVA, déjà passée de 20 à 21 % en septembre 2011, est menacée de deux points de plus si les réformes ne suffisent pas. Voilà ce que veut dire, en vrai, « reprendre le contrôle de sa dette sous la pression des marchés ».

Il faudra attendre l'été 2012 et la fameuse phrase de Mario Draghi, président de la BCE, promettant de faire « tout ce qu'il faudra » pour sauver l'euro, pour que la pression retombe vraiment.

La leçon, ce n'est pas que la France va suivre le même chemin. Notre spread est à 1,74 point, très loin des plus de 5 points italiens de 2011. La leçon, c'est la mécanique : quand un pays très endetté n'arrive plus à voter son budget, ce n'est pas l'agence de notation qui fait tomber le gouvernement, c'est le coût de la dette qui devient insupportable.

Et en 2011, ce sont les marchés, pas les élections, qui ont fixé le calendrier politique italien. C'est précisément le risque que je surveille pour la France cet automne.

 

IMMOBILIER

L'essentiel en immobilier : les prix de l'ancien reculent de 0,8 % sur un an, la reprise des ventes s'essouffle, le Sénat prolonge l'encadrement des loyers jusqu'en 2028, et la liquidation de Tudigo rappelle les risques du crowdfunding immobilier.

▸ 🔺 Notaires : les prix baissent, mais la reprise des ventes s'essouffle

C'est le grand rendez-vous de la semaine côté pierre : la note de conjoncture d'octobre des notaires. Et le message est clair, la reprise engagée à l'automne 2024 marque le pas. À fin août 2026, 951 000 logements anciens ont été vendus sur 12 mois, soit 3,6 % de plus qu'un an plus tôt.

Ça paraît correct, sauf que fin 2025 la progression approchait 13 %. Si le ralentissement continue, les notaires voient le marché revenir autour de 920 000 ventes en fin d'année. C'est une projection, pas un résultat acquis.

Côté prix, ils ont reculé de 1 % au deuxième trimestre en France métropolitaine, et de 0,8 % sur un an. Ce sont les maisons qui trinquent (-1,3 % sur un an), pendant que les appartements tiennent presque (-0,1 %). La province recule de 1 %, l'Île-de-France de 0,3 %, et Paris résiste même avec des appartements à +0,6 % sur un an, à 9 560 € le m².

Les écarts entre villes sont énormes : Nantes recule de 3,1 % à 3 280 € le m², Nice grimpe de 4,9 % à 4 980 €. Pour l'automne, les avant-contrats laissent entrevoir une stabilisation : -0,5 % pour les appartements et -0,4 % pour les maisons sur un an à fin novembre.

Le blocage, les notaires le décrivent bien : les projets sont là, mais les acheteurs prennent leur temps, négocient ou reportent, pendant que certains vendeurs préfèrent attendre plutôt que baisser leur prix. Et le crédit reste le juge de paix : le taux moyen des nouveaux prêts était de 3,32 % en août selon la Banque de France. Les notaires préviennent qu'au-delà de 4 %, la capacité d'achat se réduirait encore et les reports se multiplieraient. Avec une OAT à plus de 5 %, c'est exactement la zone de danger.

En chiffres : 951 000 ventes sur 12 mois (+3,6 %, contre près de +13 % fin 2025) • projection ~920 000 fin 2026 • prix -0,8 % sur un an (maisons -1,3 %, appartements -0,1 %) • Paris 9 560 €/m² (+0,6 %) • taux moyen des crédits 3,32 % en août • seuil d'alerte des notaires : 4 %.

▸ 🔺 Encadrement des loyers : le Sénat prolonge jusqu'en 2028, mais ferme la porte aux nouvelles villes

On en parlait la semaine dernière, c'est tranché au Sénat. Mercredi 21 octobre, les sénateurs ont adopté par 325 voix contre 17 une version réécrite de la proposition de loi du député Iñaki Echaniz. Résultat : l'expérimentation, qui devait s'arrêter fin novembre 2026, est prolongée de deux ans, jusqu'en 2028, mais à périmètre constant.

Les neuf territoires actuels restent concernés (71 communes, environ 1,2 million de locataires, dont Paris, Lille, Lyon-Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble et le Pays basque), et aucune nouvelle collectivité ne pourra entrer. Rennes et Marseille devront attendre une future loi. Celles qui sont déjà dedans pourront en sortir avant l'heure.

Le Sénat a aussi retiré plusieurs durcissements voulus par l'Assemblée : sanctions renforcées, définition plus stricte des compléments de loyer, intégration du coliving et des résidences services. Il garde en revanche l'harmonisation des délais de contestation à un an (le délai pour contester un complément de loyer passe de 3 mois à un an, celui pour demander une baisse du loyer de base passe de 3 ans à un an). Et il veut mieux exploiter les données fiscales de l'outil « Gérer mes biens immobiliers », en réponse au rapport sévère de la Cour des comptes du 14 octobre.

Le texte doit maintenant repasser à l'Assemblée, qui avait voté en décembre 2025 la pérennisation et l'extension du dispositif. Calendrier serré : sans adoption définitive avant la fin de l'expérimentation, le flou juridique guette.

▸ 🔺 Crowdfunding immobilier : Tudigo liquidée, et les investisseurs découvrent la facture pour récupérer leur argent

C'est le sujet qui fait mal aux épargnants qui ont cru au crowdfunding immobilier, cette promesse de rendements à 9 ou 10 % en prêtant à des promoteurs via une plateforme en ligne. Le 12 octobre, le tribunal de commerce de Bordeaux a prononcé la liquidation judiciaire de Tudigo, plateforme bordelaise de financement participatif placée en redressement judiciaire depuis le 5 août. Sept offres de reprise avaient été déposées.

La favorite, celle du club d'investisseurs Blast d'Anthony Bourbon, proposait 100 000 euros, la reprise de 5 salariés sur 24 et la gestion gratuite des véhicules d'investissement. Le tribunal l'a jugée insuffisante face à un passif estimé entre 3,5 et 4,5 millions d'euros. Pour situer, le chiffre d'affaires de la plateforme était tombé de 6,82 à 4,08 millions d'euros entre 2024 et 2025.

Côté immobilier, environ 6 900 investisseurs ont encore quelque 40 millions d'euros de capital engagé dans 61 opérations, dont 38 sont déjà en recouvrement, c'est-à-dire en retard ou en défaut. Bonne nouvelle d'abord : la disparition de la plateforme n'efface pas les dettes, les promoteurs doivent toujours rembourser, et l'argent qui dort sur les comptes de paiement est séparé des comptes de la société. Mauvaise nouvelle ensuite : quelqu'un doit continuer à suivre chaque dossier, relancer les promoteurs et récupérer l'argent. Et ce travail se paie.

Les chiffres font froid dans le dos. Le dispositif de continuité proposé facture 12 000 euros TTC par an et par prêt qui se passe bien, et 19 200 euros par an pour un prêt en défaut, auxquels s'ajoute un pourcentage sur les sommes récupérées, et il demande une avance de 7 300 euros avant le 29 octobre (remboursée en priorité avec un intérêt de 15 % par an). Une alternative facture 4 800 euros TTC par an et par prêt, plus 1,2 à 2,4 % des sommes récupérées. Pour les investissements en actions, logés dans 116 sociétés dédiées, la grille prévoit 8 400 euros TTC par an et par véhicule, soit 42 % d'une levée de 100 000 euros sur cinq ans.

Ce que coûte le suivi d'un prêt après la liquidation

Option Prêt sain Prêt en défaut En plus
Dispositif de continuité proposé 12 000 € TTC par an 19 200 € TTC par an % sur les sommes récupérées, avance de 7 300 € avant le 29 octobre
Prestataire alternatif 4 800 € TTC par an 4 800 € TTC par an 1,2 à 2,4 % des sommes récupérées
Véhicules en actions (SPV) 8 400 € TTC par an et par véhicule   Soit 42 % d'une levée de 100 000 € sur 5 ans

Pour que tu visualises : une opération de 300 000 euros bloquée trois ans en recouvrement, c'est 57 600 euros de frais avec le premier dispositif, soit près de 20 % du capital qui part en frais avant même que les investisseurs revoient un euro. C'est tout le piège : plus le dossier est petit et plus la procédure est longue, plus les frais grignotent ce qu'il reste à récupérer. Personne n'est obligé de payer, mais sans payeur, la gestion du véhicule devient vacante au bout de trois mois de préavis.

Certains investisseurs s'organisent donc en collectifs pour négocier les frais, choisir un autre prestataire ou se représenter eux-mêmes, comme d'autres l'avaient fait après la liquidation de la plateforme Koregraf. Et les actionnaires de la société Tudigo elle-même (environ 700 personnes pour près de 3 millions d'euros investis en 2022 et 2023) perdent leur mise.

Tudigo n'est pas un cas isolé. Selon un baromètre indépendant arrêté au 30 septembre 2026, le taux de défaut moyen pondéré du crowdfunding immobilier atteint 21,6 % des montants, avec des écarts énormes entre plateformes (de 5 % à plus de 50 %). Et les saisines du médiateur de l'AMF liées au crowdfunding immobilier ont doublé depuis 2025.

La leçon pour ton épargne : un rendement de 10 % n'est jamais gratuit, il rémunère un risque réel de perte en capital et de blocage. Regarde le taux de défaut publié par la plateforme, la qualité des garanties (une hypothèque de premier rang vaut mieux qu'une caution du promoteur), et ce qui est prévu si la plateforme disparaît.

Si tu as de l'argent bloqué sur une plateforme en difficulté :

  • rassemble tous tes contrats, bulletins de souscription et relevés de ton compte de paiement ;
  • compare les offres de suivi (prix fixe annuel, pourcentage sur les sommes récupérées, avance demandée) avant de voter ou de payer quoi que ce soit ;
  • rapproche-toi des autres investisseurs du même projet : à plusieurs, les frais se négocient ;
  • en cas de litige avec une plateforme encore active, le médiateur de l'AMF peut être saisi gratuitement.

En chiffres : liquidation prononcée le 12 octobre 2026 • ~6 900 investisseurs immobiliers • ~40 M€ de capital engagé • 61 opérations dont 38 en recouvrement • offre de reprise de 100 000 € rejetée face à 3,5 à 4,5 M€ de passif • frais de suivi : 12 000 € à 19 200 € TTC par an et par prêt • taux de défaut moyen du secteur : 21,6 %.

▸ Acheteurs étrangers : un sur deux freiné par la situation politique

Un chiffre qui fait mal à l'image du pays : selon une enquête du site Green-Acres auprès de 535 candidats étrangers à l'achat en France, 54 % disent que l'actualité politique française les fait hésiter, contre 27 % lors de l'enquête précédente. Et attention, les réponses ont été recueillies en juillet-août, donc avant les violences du 17 octobre. L'enjeu n'est pas anecdotique : entre juillet 2025 et juin 2026, les acheteurs non-résidents ont dépensé 5,8 milliards d'euros pour 14 735 acquisitions.

Les Alpes-Maritimes (1,27 Md€), Paris (890 M€), le Var (540 M€) et la Haute-Savoie (433 M€) concentrent plus de la moitié de ces montants. Et ceux qui ne cherchent pas qu'en France regardent surtout l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Grèce. Une nouvelle vague d'enquête intégrant l'effet des manifestations est en cours, résultats attendus le 4 novembre.

▸ Neuf : les promoteurs toujours à la peine

Le logement neuf ne repart pas. Au deuxième trimestre, les réservations reculent de 2,2 % sur un an, à 16 112 logements, et les mises en vente de 6,5 %, à 17 499. Le stock disponible grimpe à 124 027 logements (+1,4 %) et les annulations de réservations bondissent de 7,5 %, à 2 893.

Petit signal contrasté sur la construction : en août, les autorisations reculent de 1,1 % sur un mois (29 749 logements) mais les mises en chantier progressent de 4,1 % (27 663). Pas de quoi parler de reprise, mais pas d'effondrement supplémentaire non plus.

▸ Crédit : ce que coûte la hausse d'octobre sur ta mensualité

Pour rendre ça concret : en octobre, les taux moyens observés par un grand courtier sont passés à 3,50 % sur 15 ans, 3,66 % sur 20 ans et 3,75 % sur 25 ans, en hausse de 0,07 à 0,15 point par rapport à septembre. Sur un prêt de 250 000 € sur 20 ans, cette seule hausse ajoute 16 € par mois et alourdit le coût total du crédit d'environ 3 730 €. Le taux d'usure, lui, a été relevé au 1er octobre à 5,40 % pour les prêts de 20 ans et plus, ce qui laisse un peu d'air aux dossiers limites.

Mais avec l'OAT désormais au-dessus de 5 %, la pression sur les barèmes des banques pour novembre ne retombe pas. Si ton projet est prêt, la comparaison entre banques compte plus que jamais : c'est quand le marché se tend que les écarts entre offres se creusent.

Concrètement, si tu as un projet d'achat :

  • fais refaire ta simulation de capacité d'emprunt avec les taux d'octobre, pas ceux de l'été ;
  • mets plusieurs banques en concurrence, directement ou via un courtier ;
  • vérifie que le coût total de ton crédit (assurance comprise) reste sous le taux d'usure de 5,40 % pour un prêt de 20 ans et plus ;
  • surveille l'OAT à 10 ans : c'est elle qui annonce, avec quelques semaines d'avance, la direction des barèmes des banques.

▸ Émeutes : une facture qui approche le milliard, et des locaux commerciaux à reconstruire

Le coût des violences des 17 et 18 octobre se précise. La Fondation iFRAP retient désormais un scénario haut à environ 1,1 milliard d'euros, dont 666 millions de dégâts sur les commerces, 200 millions sur les bâtiments publics (jusqu'à 100 millions pour la seule mairie de Limoges) et 190 millions de pertes d'exploitation. Les assureurs devraient en supporter environ 73 %.

Le scénario central est à 613 millions, et il n'existe pas encore de bilan officiel. Pour les propriétaires de murs commerciaux, c'est un sujet à part entière : locaux à remettre en état, loyers suspendus pendant les fermetures, et une prime de risque qui pourrait se retrouver dans les futures primes d'assurance. Lundi dernier en Bourse, la foncière de centres commerciaux Unibail-Rodamco-Westfield a d'ailleurs reculé de 2 %.

▸ DPE : les étiquettes s'améliorent… parfois sans travaux

Dernier point relevé par les notaires, et il intéresse tous les vendeurs : en 2025, les logements classés C et D représentaient respectivement 23 % et 35 % des ventes dans l'ancien, contre 20 % pour les E. Mais les notaires préviennent qu'une meilleure étiquette peut aussi venir d'un changement de méthode de calcul, sans aucun travaux. Donc une amélioration sur le papier ne veut pas forcément dire un logement plus performant. Et ils estiment que le confort d'été, face aux fortes chaleurs, pourrait peser davantage dans la valeur des biens à l'avenir.

 

BOURSE

L'essentiel en Bourse : le CAC 40 perd 2,2 % sur la semaine à 7 783 points, Wall Street résiste mieux (-0,5 % pour le S&P 500), et depuis janvier le S&P 500 affiche +18 % contre -3 % pour le CAC 40, en euros.

▸ 🔺 CAC 40 : -2,2 % sur la semaine, le risque France est de retour

La semaine précédente, le CAC 40 avait fait sa meilleure semaine depuis août (je te l'expliquais dans mon article sur les émeutes du 17 octobre). Je t'avais prévenu que la Bourse n'avait pas encore digéré le week-end d'émeutes. C'est fait, et la facture est salée.

Lundi, l'indice a perdu 1,11 % à 7 868 points, entraînant avec lui Francfort (-1,24 %) et Londres (-1,07 %). Mardi, nouveau repli de 0,38 %. Mercredi, rebond de 1,06 % porté par les résultats d'entreprises, malgré le passage de l'OAT au-dessus de 5 %.

Jeudi, rechute de 1,39 % avec la flambée de l'énergie (le gaz a touché un plus haut depuis fin 2022) et la déception Hermès. Vendredi, -0,36 % à 7 783 points avant le verdict de Moody's. Bilan : -2,2 % sur la semaine, le rebond précédent est effacé.

Ce sont les banques qui ont pris le plus cher en début de semaine : lundi, Société Générale a perdu 3,41 %, Crédit Agricole 2,64 % et BNP Paribas 2,48 %. Leur exposition directe à la dette française reste relativement limitée, mais elles concentrent la défiance des investisseurs sur l'économie nationale. Depuis le 1er janvier, Société Générale recule d'environ 10 % et Crédit Agricole de 13 %, alors que BNP Paribas résiste avec un gain de 8 %. Les assureurs ont aussi reculé (AXA -1,3 %, Scor -0,9 %) face aux demandes d'indemnisation à venir, tout comme Accor (-3 %).

Le CAC 40 jour par jour

Séance Variation Clôture
Lundi 19 octobre -1,11 % 7 868,05 points
Mardi 20 octobre -0,38 % 7 838,49 points
Mercredi 21 octobre +1,06 % 7 921,68 points
Jeudi 22 octobre -1,39 % 7 811,26 points
Vendredi 23 octobre -0,36 % 7 783 points
Semaine -2,2 %  

En chiffres : CAC 40 à 7 783 points (-2,2 % sur la semaine) • lundi -1,11 %, mardi -0,38 %, mercredi +1,06 %, jeudi -1,39 %, vendredi -0,36 % • SocGen -3,41 %, Crédit Agricole -2,64 %, BNP -2,48 % lundi.

▸ 🔺 Carrefour, Kering, Michelin, Valeo : la saison des résultats tourne au jeu de massacre

Le symbole de la semaine, c'est Carrefour : -13,8 % mercredi, à 14,05 €, et tous ses gains de l'année effacés en une séance. Le distributeur a estimé que les pillages, qui ont touché directement une cinquantaine de ses magasins dès le premier jour, pèseront sur son résultat opérationnel courant à hauteur de 80 à 200 millions d'euros. Il a revu à la baisse ses objectifs (croissance du bénéfice par action désormais attendue « stable à légère », contre une croissance à un chiffre élevé auparavant) et ramené ses investissements en France pour 2026 à 1,6 milliard d'euros, contre 1,7 milliard prévu. Voilà l'impact concret des émeutes sur une entreprise cotée.

Le luxe a vécu une semaine cauchemardesque. Hermès a perdu 4,94 % jeudi, à 1 289,50 €, après un chiffre d'affaires trimestriel en hausse mais inférieur aux attentes. Et vendredi, Kering a plongé de 16,57 %, à 178,12 €.

Ventes en recul de 1 % à 3,35 milliards d'euros, mais surtout Gucci en baisse de 6 %, et même de 9 % dans ses propres boutiques, plombé par le ralentissement de la consommation chinoise. La direction a reconnu que la marge du second semestre ne dépassera pas celle du premier (12,8 %). L'action perd désormais 41 % depuis le début de l'année.

Côté industrie, Michelin a reculé de 7,16 % à 30,86 € malgré des objectifs confirmés, sa directrice financière qualifiant 2027 d'année « très incertaine ». Et l'équipementier Valeo a dévissé de 11,54 % après des ventes décevantes.

▸ 🔺 Bourse US : Wall Street encaisse le choc de l'IA, mais tient mieux que Paris

Côté américain, la semaine a été agitée, mais rien à voir avec Paris. Vendredi soir, le S&P 500 a clôturé à 7 623,68 points (-0,5 % sur la semaine), le Nasdaq à 25 955,34 points (-0,7 %), et le Dow Jones à 52 215,16 points, en hausse de 0,4 % sur la semaine, sa troisième semaine de hausse d'affilée malgré un vendredi à -1,23 %.

Le vrai sujet à New York, c'est l'intelligence artificielle et son financement. Jeudi, le Nasdaq a vécu sa pire séance depuis juin (-2,60 %), entraîné par Meta (-7 %), Nvidia (-4,40 %), Amazon (-4,47 %) et Alphabet (-3,15 %), sur fond d'inquiétudes sur l'endettement nécessaire pour construire les infrastructures d'IA. Vendredi, les valeurs de la mémoire et de l'IA ont légèrement rebondi.

Le secteur de l'énergie, lui, a fini la semaine à un record historique, porté par un pétrole au plus haut depuis avril. Et attention au détail qui compte : le taux à 10 ans américain est remonté vers 5,01 %, un niveau quasi identique à celui de la France. Les États-Unis aussi empruntent cher, mais avec une économie et une Bourse qui avancent.

Les valeurs en vue : AT&T et T-Mobile ont chuté de près de 8 % vendredi après des informations selon lesquelles SpaceX voudrait racheter des milliers de sites de téléphonie mobile pour lancer un quatrième opérateur américain, pendant que Crown Castle, propriétaire d'antennes, s'envolait de 9,5 %. American Express a perdu 3,7 % malgré un relèvement de ses prévisions de bénéfices, parce qu'elle prévoit de supprimer 5 % de ses effectifs. SLB (ex-Schlumberger) a pris 7 % après des résultats meilleurs que prévu, et Moderna a plongé de 18 % jeudi après une fuite apparente de données sur son vaccin contre le cancer.

La semaine qui arrive est énorme : environ un tiers des entreprises du S&P 500 publient leurs résultats, dont Alphabet, Microsoft et Amazon, dont les plans d'investissement dans l'IA seront décortiqués. Les bénéfices des entreprises du S&P 500 sont attendus en hausse de plus de 30 % au troisième trimestre. La Fed se réunit mercredi, et les élections de mi-mandat américaines ont lieu le 3 novembre, le même jour que le vote du budget en France.

En chiffres : S&P 500 à 7 623,68 points (-0,5 % sur la semaine) • Nasdaq à 25 955,34 (-0,7 %) • Dow Jones à 52 215,16 (+0,4 %) • Nasdaq -2,60 % jeudi, pire séance depuis juin • taux à 10 ans américain vers 5,01 % • bénéfices du S&P 500 attendus à plus de +30 % au T3.

▸ 🔺 US contre France : +18 % contre -3 % depuis janvier

C'est le comparatif qui résume tout. Si tu avais placé 10 000 euros le 2 janvier 2026 sur le CAC 40, ils valaient environ 9 666 euros le 21 octobre, soit -3,3 % (hors dividendes). Les mêmes 10 000 euros placés sur le S&P 500 valaient environ 11 801 euros, soit +18 %.

Pour compléter le tableau, le DAX allemand est à +1,8 % et le Nikkei japonais à +28,6 % sur la même période, toujours en euros. Et depuis le 21 octobre, l'écart s'est encore creusé : le CAC a fini la semaine en baisse de 2,2 %, contre -0,5 % pour le S&P 500.

Pourquoi un tel écart ? Trois raisons. D'abord, la composition des indices : le S&P 500 est porté par les géants de la tech et de l'IA, quand le CAC 40 dépend beaucoup du luxe (en panne avec la Chine) et des banques (plombées par le risque France).

Ensuite, la croissance : les bénéfices américains sont attendus à plus de 30 % de hausse au troisième trimestre, contre environ 20 % pour les entreprises européennes du Stoxx 600. Enfin, la devise, et c'est le point que beaucoup oublient : le dollar a gagné environ 4 % face à l'euro depuis janvier (de 1,17 à 1,12 dollar pour un euro). Pour un investisseur en euros, une partie du gain américain vient donc simplement du change.

Et ça marche dans les deux sens : si le dollar se retourne, cette partie du gain peut disparaître. Quand tu investis en actions américaines depuis la France, tu prends deux paris à la fois : sur les entreprises, et sur le dollar.

Avant d'investir sur la Bourse américaine, les points à vérifier :

  • le risque de change : ton support est-il exposé au dollar, ou couvert contre ses variations ?
  • la concentration : quelques géants de la tech pèsent très lourd dans le S&P 500 et le Nasdaq ;
  • l'enveloppe fiscale : un PEA n'accepte pas d'actions américaines en direct, contrairement à un compte-titres ;
  • le calendrier : résultats des géants, réunions de la Fed et élections font bouger fortement les cours.

Ce sont des points d'attention généraux, pas un conseil personnalisé : chaque situation est différente.

Comparatif US / France depuis janvier (10 000 € placés le 2 janvier 2026, en euros, hors dividendes)

Indice Valeur au 21 octobre Performance Semaine du 19 au 23 octobre
S&P 500 (États-Unis) ~11 801 € +18 % -0,5 %
CAC 40 (France) ~9 666 € -3,3 % -2,2 %
DAX (Allemagne) ~10 182 € +1,8 % –
Nikkei (Japon) ~12 859 € +28,6 % –

En chiffres : 10 000 € placés le 2 janvier sur le CAC 40 = ~9 666 € au 21 octobre (-3,3 %) • sur le S&P 500 = ~11 801 € (+18 %) • DAX +1,8 % • Nikkei +28,6 % (en euros, hors dividendes) • dollar ~+4 % face à l'euro depuis janvier.

▸ EssilorLuxottica et L'Oréal : les deux rescapés du CAC

Il y a quand même eu des gagnants. EssilorLuxottica s'est envolé de 15,48 % mercredi, à 173,80 €, son plus haut depuis août, grâce à un chiffre d'affaires trimestriel de 7,49 milliards d'euros, au-dessus des 7,37 milliards attendus. Petit bémol : les ventes de lunettes connectées développées avec Meta ont progressé de 20 %, un net ralentissement après le bond de près de 100 % du trimestre précédent. Rappel utile : l'action avait perdu environ la moitié de sa valeur depuis son sommet de l'an dernier.

Et L'Oréal a gagné 5,64 % vendredi, à 336,30 €, avec des ventes en hausse de 7,2 % au troisième trimestre, contre 5,4 % attendu. Les produits professionnels (salons de coiffure) et la beauté dermatologique progressent de 13,9 %, la division luxe de 7 % grâce aux parfums, et même l'Asie du Nord progresse de 7,8 % malgré une Chine difficile. Pendant que LVMH, Hermès et Kering déçoivent, la beauté résiste. Bureau Veritas (+3,64 %) a aussi été salué après avoir confirmé ses objectifs.

▸ OVHcloud : +18 % mardi, -21 % vendredi

La montagne russe de la semaine. Mardi, le spécialiste français du cloud s'envole après des résultats annuels supérieurs aux attentes : résultat net de 9,4 millions d'euros contre 0,4 million un an plus tôt, EBITDA ajusté en hausse de 9,7 % à 480,5 millions, soit une marge de 42 %. Vendredi, chute de 21,08 % à 12,39 € : un actionnaire non identifié a cédé 4,65 millions de titres, soit 3 % du capital, pour 61,8 millions d'euros, avec une décote de 15,3 %.

Le titre garde malgré tout une hausse d'environ 70 % depuis janvier. Belle illustration du fait qu'un bon résultat ne protège pas d'un vendeur pressé.

▸ Musk : Tesla et SpaceX étudient une fusion

Côté américain, l'info la plus folle de la semaine vient encore d'Elon Musk. Mardi soir, SpaceX a publié son premier bénéfice trimestriel en tant que société cotée, et l'action a pris 7,8 % mercredi. Le même jour, Musk a déclaré qu'une fusion avec Tesla serait une « bonne idée ».

Et les deux groupes ont mis en place des comités pour étudier l'opération. Les résultats de Tesla publiés en parallèle sont contrastés : bénéfice net en chute de 43 %, à 787 millions de dollars, à cause des dépenses dans l'IA et la robotique, chiffre d'affaires stable à 28 milliards, mais un flux de trésorerie disponible positif de 1,5 milliard de dollars qui a surpris les analystes, et une prévision d'investissements annuels ramenée à 20 milliards. Musk met en avant des synergies dans l'IA, la robotique et les satellites.

Une fusion entre un constructeur automobile et une entreprise spatiale cotée, c'est du jamais vu, et ça poserait d'énormes questions de valorisation et de gouvernance. Et comme si ça ne suffisait pas, SpaceX a fait trembler vendredi les opérateurs télécoms américains avec son projet de quatrième opérateur mobile (voir plus haut).

▸ Meta : lever des centaines de milliards sans perdre le pouvoir

Mark Zuckerberg veut financer l'IA sans céder le contrôle de Meta. Le groupe va créer une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote, qui seront distribuées gratuitement aux actionnaires existants fin janvier 2027 avant de pouvoir être émises auprès de nouveaux investisseurs. Aujourd'hui, Zuckerberg contrôle 60,6 % des droits de vote avec seulement 13,4 % du capital.

Les besoins sont colossaux : entre 135 et 145 milliards de dollars d'investissements prévus cette année, surtout dans les infrastructures d'IA, alors que la publicité reste très rentable (chiffre d'affaires en hausse de 26 % à 64,6 milliards de dollars au troisième trimestre). Le marché, lui, s'est inquiété : jeudi, dans le sillage de Meta, le Nasdaq a chuté de 2,60 %, avec Nvidia (-4,40 %), Amazon (-4,47 %) et Alphabet (-3,15 %). Vendredi, le S&P 500 et le Nasdaq ont touché leurs plus bas depuis cinq semaines.

▸ Défense : Lockheed Martin s'envole avec un contrat géant de F-35

Lockheed Martin a pris près de 7 % jeudi. Le Pentagone et le groupe ont conclu un accord-cadre pour la fourniture d'au moins 850 chasseurs furtifs F-35 sur les dix prochaines années, sous réserve de l'accord du Congrès qui devra aussi voter les crédits. Mardi, la défense avait déjà été portée par des résultats supérieurs aux attentes chez RTX et Northrop Grumman (+4,57 %).

▸ Pétrole : le Brent au plus haut depuis avril

Le baril de Brent a terminé la semaine à un plus haut depuis fin avril, au-delà de 116 dollars, les investisseurs redoutant de nouvelles frappes américaines en Iran, sur fond de menaces iraniennes et d'attaques houthies contre des infrastructures saoudiennes. Mardi, il avait atteint un plus haut depuis mai en séance avant de reculer de plus de 2 %. En Europe, le gaz a touché jeudi son plus haut depuis fin 2022, avec des approvisionnements en GNL faibles et des stocks en baisse.

Vendredi, TotalEnergies en a profité avec un gain de plus de 4 %. Ce lundi matin, le baril reflue un peu sur l'espoir d'une accalmie diplomatique entre Washington et Téhéran, mais reste à des niveaux qui pèsent sur toute l'économie.

▸ L'agenda de la semaine qui commence

Gros programme. Mercredi 28 octobre à 19 h (heure de Paris), la Fed rend sa décision : statu quo très largement attendu, avec des taux à 3,75 %-4 % depuis la hausse de septembre, mais le marché parie majoritairement sur une nouvelle hausse en décembre. Plusieurs autres banques centrales se réunissent aussi cette semaine. Côté entreprises, Alphabet, Microsoft et Amazon publient leurs résultats, tout comme Samsung et SK Hynix en Asie, et l'indice IFO allemand donnera le moral des entreprises outre-Rhin.

 

CRYPTO

L'essentiel en crypto : le bitcoin repasse sous les 80 000 $, les ETF bitcoin restent acheteurs nets sur la semaine (+301 M$), et la décision de la Fed mercredi sera le prochain catalyseur.

▸ 🔺 Bitcoin : rejeté à 85 000 $, il repasse sous les 80 000 $

La semaine avait plutôt bien commencé : le bitcoin a tenté de franchir la zone des 83 000 à 85 000 dollars en début de semaine, en s'en approchant brièvement. Mais les acheteurs n'ont pas suivi. Le 24 octobre, une vague de ventes l'a fait repasser sous les 80 000 dollars, déclenchant environ 547 millions de dollars de liquidations de positions à effet de levier.

Il a touché un plus bas vers 79 100 dollars samedi avant de remonter légèrement au-dessus de 80 000. Ce lundi matin, il évolue autour de 80 000 dollars, en baisse d'environ 2 % sur sept jours. Ethereum fait pire, autour de 2 300 dollars (-3,4 % sur la semaine).

Le paradoxe, ce sont les ETF. Sur l'ensemble de la semaine, les fonds bitcoin américains restent acheteurs nets d'environ 301 millions de dollars, avec plus de 500 millions de dollars d'entrées dès lundi. Mais les deux derniers jours de cotation ont vu 773 millions de dollars de sorties, concentrées sur les fonds de BlackRock et Fidelity.

Côté Ethereum, les ETF ont perdu 221 millions de dollars sur la semaine. L'argent institutionnel n'a pas fui le bitcoin, mais il s'est mis en retrait juste avant la Fed.

Les cryptos sur 7 jours

Crypto Cours (25-26 octobre) Sur 7 jours
Bitcoin (BTC) ~80 000 $ -2 %
Ethereum (ETH) ~2 300 $ -3,4 %
Solana (SOL) ~100 $ -2,8 %
XRP ~1,30 $ -0,1 %
Zcash (ZEC) ~1 209 $ +7,5 %

En chiffres : BTC autour de 80 000 $ (-2 % sur 7 jours) • plus bas à ~79 100 $ samedi • ~547 M$ de liquidations le 24 octobre • ETF bitcoin : +301 M$ sur la semaine, dont -773 M$ les deux derniers jours • ETF ether : -221 M$ • ETH autour de 2 300 $.

▸ 🔺 Fed mercredi : ce que l'histoire récente dit du bitcoin

La décision de la Fed tombe mercredi à 19 h, heure de Paris, avec la conférence de presse à 19 h 30. Les taux sont dans une fourchette de 3,75 % à 4 % depuis le 16 septembre, première hausse depuis juillet 2023. Selon les marchés de prédiction, plus de 9 chances sur 10 vont vers un statu quo ce mois-ci, et environ 3 sur 4 vers une hausse d'un quart de point en décembre.

Pour le bitcoin, la relation n'a rien de mécanique : sur les neuf dernières décisions, il était plus bas une semaine après dans six cas et plus haut dans trois, avec une meilleure semaine à +11,4 % après la hausse de septembre. Avec un statu quo attendu, la surprise viendra plutôt du ton de Kevin Warsh, le président de la Fed, et des projections. Un discours plus dur pèserait sur les actifs risqués, un discours plus souple les soutiendrait.

▸ HSBC lance RedCoin, un stablecoin pour le grand public

Le 23 octobre, HSBC a lancé RedCoin, un stablecoin adossé au dollar de Hong Kong, sous licence des régulateurs locaux et destiné aux particuliers. Les plus de 3,3 millions d'utilisateurs de sa plateforme de paiement PayMe auront progressivement accès aux transferts et paiements en stablecoin chez plus de 100 000 commerçants. Une grande banque mondiale qui met un stablecoin dans la poche de millions de clients, c'est un vrai changement d'échelle.

▸ JPMorgan déploie son JPM Coin sur Ethereum

Même mouvement côté américain : JPMorgan a lancé son jeton de dépôt JPM Coin sur le réseau Ethereum, après l'avoir déjà déployé sur Base, le réseau de Coinbase. L'accès reste réservé aux clients institutionnels éligibles. Les plus grandes banques ne combattent plus la blockchain, elles l'utilisent.

▸ Stablecoins : les règles du GENIUS Act sont finalisées aux États-Unis

Le régulateur bancaire américain (OCC) a finalisé les règles d'application du GENIUS Act sur les réserves, les remboursements, la supervision et la conservation des stablecoins. Elles entreront en vigueur le 18 janvier 2027 et maintiennent l'interdiction de verser directement des intérêts aux détenteurs de stablecoins. Ce dernier point compte : c'est ce qui empêche un stablecoin de concurrencer frontalement un livret ou un compte rémunéré.

▸ Solana passe à la vitesse supérieure avec Alpenglow

Le 21 octobre, Solana a activé sa mise à jour de consensus Alpenglow. Selon Anza, l'équipe de développement, le délai de finalisation des transactions passe d'environ 12,8 secondes à 150 millisecondes. Les performances réelles dépendront des conditions du réseau, mais sur le papier c'est un saut énorme. Le SOL n'en a pas profité pour l'instant, autour de 100 dollars (-2,8 % sur la semaine).

▸ Ethereum : la fondation vend, la mise à jour Glamsterdam est repoussée

La fondation Ethereum a vendu 2 785 ETH contre environ 6,4 millions de dollars en stablecoins. Ce n'est pas énorme, mais ce type de vente est toujours scruté. Et l'activation de la mise à jour Glamsterdam sur le réseau de test Hoodi, prévue le 22 octobre, a été reportée à cause d'interactions mal maîtrisées entre les nouvelles règles de frais et certains contrats existants. Le réseau principal n'est pas concerné et aucune nouvelle date n'a été annoncée.

▸ Wall Street invente de nouvelles façons d'acheter du bitcoin

BlackRock a déposé un projet d'ETF bitcoin « avec protection », qui utilise des options pour amortir une partie des pertes en échange d'un plafonnement des gains (protection non garantie). Et Franklin Templeton prépare un ETF investi en actions américaines qui réinvestirait les dividendes en bitcoin, avec une allocation cible de 5 %. Autre signal à suivre : selon CryptoQuant, les dépôts de bitcoin des gros portefeuilles sur Binance ont baissé de 36 % depuis août, pendant que ceux des particuliers ont atteint un plus haut de six mois.

▸ Régulation : amende pour Coinbase en Irlande, rendez-vous MSCI le 11 novembre

La Banque centrale d'Irlande a annoncé une pénalité de 3,25 millions d'euros contre Coinbase Ireland pour des défaillances passées dans la protection des fonds clients et le contrôle de la sous-traitance (Coinbase assure qu'aucun client n'a perdu de fonds, et la sanction doit encore être confirmée par la justice). Et pour les sociétés qui détiennent du bitcoin en trésorerie comme Strategy, la date à cocher reste le 11 novembre : MSCI doit publier la liste définitive liée à ses nouvelles règles, qui pourraient les exclure de ses indices. Petite note enfin sur Zcash, l'une des rares hausses de la semaine (+7,5 %), portée par la préparation de sa mise à jour NU7 attendue vers le 5 novembre.

 

L'ÉCONOMIE FRANÇAISE EN BREF

La toile de fond de la semaine, c'est une économie qui ralentit au moment où son financement coûte de plus en plus cher. Les premiers indices d'activité d'octobre montrent un secteur privé français repassé en contraction, pendant que la croissance ralentit dans toute la zone euro (indice PMI à 51,9 points contre 53,1 en septembre). L'inflation française était de 3,1 % sur un an en septembre, tirée par l'énergie, et le pétrole au plus haut depuis avril n'annonce pas de détente rapide.

Côté finances publiques, le déficit devrait atteindre 5,4 % du PIB cette année, la dette pourrait grimper à 121,7 % du PIB en 2027, et les prévisions de croissance pour 2026 sont sous 1 %. Le coût d'emprunt de l'État dépasse 5 % sur 10 ans, l'écart avec l'Allemagne est au plus haut depuis 2011, et la note de Moody's ne tient qu'au vote du budget. Sur le front social, la mobilisation contre la vie chère continue : après le 17 octobre, la journée du 24 a été beaucoup plus calme selon les commerçants, mais un acte III est annoncé le 31 octobre et une grève interprofessionnelle le 5 novembre. Enfin, la facture des violences du 17 et 18 octobre pourrait approcher 1,1 milliard d'euros dans le scénario le plus élevé.

 

CE QUI SE CROISE CETTE SEMAINE

En une phrase : cette semaine, la hausse des taux, le pétrole et le risque politique relient la dette française, ton crédit immobilier, la Bourse et la crypto.

Le premier fil, c'est la chaîne qui va de la dette publique à ton crédit. OAT au-dessus de 5 %, spread record depuis 2011, banques françaises vendues en Bourse : ce sont ces mêmes banques qui fixent ton taux de crédit immobilier, et elles se refinancent plus cher. Les notaires placent le seuil d'alerte à 4 % pour les crédits, on est à 3,66 % en moyenne sur 20 ans. La marge de sécurité fond, et c'est exactement pour ça que la reprise des ventes s'essouffle.

Deuxième fil : les émeutes sont passées de la rue aux comptes des entreprises. Carrefour chiffre jusqu'à 200 millions d'euros d'impact et coupe ses investissements en France, les assureurs reculent en Bourse et vont absorber près des trois quarts d'une facture qui pourrait approcher le milliard, et la foncière de centres commerciaux a aussi été vendue. C'est le même choc, vu côté distributeur, côté assureur et côté propriétaire des murs. Et cette semaine, le marché a aussi vu passer le message des acheteurs immobiliers étrangers, déjà un sur deux à hésiter avant même les violences.

Troisième fil : le pétrole relie tout. Un Brent au-dessus de 116 dollars, c'est de l'inflation importée pour la France (déjà à 3,1 %), c'est une Fed qui ne peut pas baisser ses taux et qui envisage même de les monter en décembre, c'est donc une pression sur le bitcoin et les valeurs technologiques. Mais c'est aussi une divergence : TotalEnergies profite de ce que tout le reste subit.

Quatrième fil, une divergence intéressante dans le luxe : Kering (-16,6 %) et Hermès (-4,9 %) sont punis à cause de la Chine, pendant que L'Oréal (+5,6 %) progresse même en Asie du Nord. Le consommateur chinois n'a pas disparu, il arbitre : il continue à acheter du parfum et du soin, il achète moins de maroquinerie à plusieurs milliers d'euros. Ce n'est pas tout le luxe qui souffre, c'est le très cher.

Cinquième fil : la course au financement de l'IA. Meta crée des actions sans droit de vote pour lever des centaines de milliards, Tesla réduit ses investissements mais chiffre ses dépenses dans l'IA, SpaceX et Tesla étudient une fusion au nom des synergies dans l'IA, et OVHcloud, un acteur français du cloud, s'envole puis chute sur une simple vente de bloc. Pendant ce temps, le Nasdaq recule sur les doutes autour de l'endettement des acteurs de l'IA. Le marché adore l'histoire, mais il commence à regarder qui paie la facture.

Sixième fil, côté monnaie : HSBC lance un stablecoin pour le grand public, JPMorgan met sa monnaie tokenisée sur Ethereum, et les États-Unis finalisent les règles des stablecoins en interdisant de les rémunérer. Pendant ce temps, l'Europe reste sur son projet d'euro numérique. La question de qui contrôle l'argent numérique avance vite, et pas forcément là où on l'attendait.

Septième fil, entre l'immobilier et la Bourse : la liquidation de Tudigo et la chute des promoteurs sont deux faces du même retournement. Quand les ventes de logements neufs reculent et que le crédit se renchérit, ce sont les promoteurs les plus fragiles qui ne remboursent plus, et ce sont les épargnants du crowdfunding qui portent le risque. Le même taux qui fait monter ton crédit fait aussi grimper les défauts dans ces placements à 10 %.

Huitième fil, et c'est une divergence majeure : la France et les États-Unis empruntent désormais tous les deux autour de 5 % sur 10 ans. Mais à New York, ce taux cohabite avec des bénéfices attendus en hausse de plus de 30 % et une Bourse à +18 % depuis janvier (en euros), alors qu'à Paris il cohabite avec une croissance sous 1 % et un CAC 40 dans le rouge. Le même taux n'a pas du tout le même poids quand l'économie qui le paie avance ou stagne.

Enfin, le fil politique, qui dépasse la France : cette semaine, le vote des électeurs brésiliens et celui des créanciers de la France ont tous les deux fait bouger les marchés. Quand la politique devient le premier facteur de risque, ce sont les primes de risque qui l'expriment en premier, que ce soit sur les taux français ou sur les actifs brésiliens.

 

L'ÉVÉNEMENT QUI A MARQUÉ LA SEMAINE

En bref : l'événement mondial de la semaine, c'est la réélection contestée de Lula au Brésil, et l'événement français vu de l'étranger, c'est une France qui emprunte à plus de 5 %.

▸ 🔺 Brésil : Lula décroche un quatrième mandat, son adversaire ne reconnaît pas la défaite

Dimanche 25 octobre, le Brésil a réélu Luiz Inácio Lula da Silva pour un quatrième mandat. Score serré : 51,78 % des voix contre 48,22 % pour Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, avec une participation de 81 %. Lula avait pourtant été devancé au premier tour.

Et l'histoire ne s'arrête pas au résultat : son adversaire refuse de reconnaître sa défaite et réclame l'annulation de l'élection. Un scénario qui rappelle forcément 2022, quand le père avait déjà contesté sa défaite face au même Lula. Détail qui en dit long : Lula fête ses 81 ans mardi.

En chiffres : 51,78 % pour Lula contre 48,22 % • environ 64,3 millions de voix contre 59,8 millions • participation de 81 % • quatrième mandat.

Les retombées économiques, concrètement. Les marchés n'aiment pas les élections contestées : dès lundi matin, un fonds coté adossé aux actions brésiliennes reculait après le refus de Flávio Bolsonaro de concéder la défaite. Le Brésil n'est pas un pays lointain pour notre économie : c'est l'un des tout premiers exportateurs mondiaux de matières premières agricoles et de minerai de fer, donc un acteur qui pèse sur des prix qu'on retrouve dans notre alimentation et notre industrie. Côté finances publiques, Lula a multiplié les gestes entre les deux tours : gratuité des transports en commun le week-end, versement anticipé de l'aide sociale Bolsa Família, annulation de dettes de micro-entrepreneurs, réforme instituant deux jours de repos hebdomadaire. Des promesses populaires, mais que les investisseurs vont regarder sous l'angle du déficit.

Ce que ça peut indiquer pour l'avenir. Deux choses. D'abord, la contestation des résultats électoraux devient un risque de marché à part entière, au même titre qu'une décision de banque centrale : quand la légitimité d'un vote est mise en cause, la prime de risque monte. Ensuite, le dilemme brésilien ressemble beaucoup au nôtre : des électeurs qui réclament plus de protection sociale, et des créanciers qui surveillent le déficit.

Le Brésil vient de choisir son camp dans les urnes. La France, elle, doit encore trancher au Parlement le 3 novembre.

▸ 🔺 Et vu de l'étranger, l'événement français de la semaine : la France emprunte comme en 2002

Pour les investisseurs étrangers, l'image de la France cette semaine tient en un chiffre : 5 %. La deuxième économie de la zone euro qui paie plus de 5 % pour emprunter sur dix ans, c'est une première depuis 2002, et l'écart avec l'Allemagne n'avait pas été aussi grand depuis la crise de 2011. Ajoute à ça les images des violences du 17 octobre, qui ont fait le tour de la presse internationale, une agence de notation qui retient sa sanction à la dernière minute, et un budget toujours pas voté. Le résultat se lit déjà dans le comportement des acheteurs étrangers : un sur deux hésitait à investir dans l'immobilier français avant même les émeutes.

Je dois être nuancé : la France reste notée en catégorie élevée par les trois grandes agences, son épargne privée est abondante et elle continue de lever sa dette sans difficulté. On n'est pas dans une crise de financement. Mais on est clairement dans une crise de confiance, et vu de l'étranger, c'est elle qui fait l'événement.

 

CE QU'IL FAUT RETENIR

En une phrase : la France emprunte désormais aussi cher que les États-Unis, sans en avoir la croissance, et c'est le vote du budget du 3 novembre qui dira si le sursis de Moody's se transforme en répit ou en sanction.

  • Dette : OAT 10 ans au-dessus de 5 %, spread record depuis 2011, note Moody's maintenue sous condition.
  • Ton quotidien : un point de taux en plus finit par coûter jusqu'à 40 Md€ par an, l'équivalent de trois budgets de la Justice.
  • Immobilier : prix de l'ancien -0,8 % sur un an, crédit à 3,66 % sur 20 ans, encadrement des loyers prolongé jusqu'en 2028, liquidation de Tudigo.
  • Bourse : CAC 40 -2,2 % sur la semaine, S&P 500 -0,5 %, et +18 % contre -3 % depuis janvier en faveur des États-Unis.
  • Crypto : bitcoin autour de 80 000 $, ETF acheteurs nets de 301 M$, Fed mercredi.
  • À surveiller : la Fed le 28 octobre, l'acte III des Gilets jaunes le 31 octobre, le vote du budget et les élections américaines le 3 novembre, la grève du 5 novembre.

On en parle en direct ce lundi entre 13h et 14h sur la chaîne YouTube : viens avec tes questions.

 

FAQ : LA DETTE À 5 % ET TON ARGENT

Pourquoi le taux d'emprunt de la France dépasse-t-il 5 % ?

Parce que les investisseurs exigent une prime de risque plus élevée pour prêter à la France, à cause de l'incertitude politique, d'un budget 2027 pas encore voté, d'un déficit attendu à 5,4 % du PIB et des tensions sociales. Le 21 octobre 2026, l'OAT à 10 ans a clôturé à 5,01 %, une première depuis 2002, puis 5,07 % le lendemain.

Moody's a-t-elle dégradé la note de la France ?

Non. Le 23 octobre 2026, Moody's a maintenu la note de la France à Aa3 avec perspective négative, alors qu'une dégradation était largement attendue. L'agence a prévenu que ce maintien dépend de l'adoption d'un budget conforme aux objectifs de réduction du déficit.

Combien coûte un point de taux en plus pour la dette française ?

Selon les documents budgétaires de l'État, environ 3,1 milliards d'euros la première année et environ 18 milliards par an au bout de cinq ans. La présidente de la Cour des comptes chiffre le coût à environ 40 milliards d'euros par an à horizon de sept ans, soit trois fois le budget de la Justice.

À partir de quel taux la situation de la France deviendrait-elle intenable ?

Il n'existe pas de seuil officiel. Pendant la crise de 2010-2012, le seuil de 7 % sur 10 ans était vu comme une zone de non-retour : l'Irlande et le Portugal ont demandé une aide européenne après l'avoir franchi. La France était à 5,07 % le 22 octobre 2026.

La hausse des taux va-t-elle faire monter mon crédit immobilier ?

Probablement, car les banques se refinancent en partie sur les marchés où l'OAT sert de référence. En octobre 2026, les taux moyens sont montés à 3,66 % sur 20 ans, et les notaires estiment qu'au-delà de 4 % la capacité d'achat se réduirait encore.

Bourse américaine ou Bourse de Paris : laquelle a le mieux performé en 2026 ?

La Bourse américaine. 10 000 euros placés le 2 janvier 2026 sur le S&P 500 valaient environ 11 801 euros le 21 octobre (+18 %), contre environ 9 666 euros sur le CAC 40 (-3,3 %), en euros et hors dividendes. Une partie de l'écart vient de la hausse du dollar face à l'euro.

Que se passe-t-il pour les investisseurs de Tudigo après la liquidation ?

Les promoteurs doivent toujours rembourser et l'argent des comptes de paiement est séparé de celui de la plateforme. Mais le suivi des prêts est payant : de 4 800 à 19 200 euros TTC par an et par prêt selon les options, ce qui peut amputer fortement les sommes récupérées.

 

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