Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2026
LES 3 INFOS QUI COMPTENT CETTE SEMAINE
🔺 Un département français, l’Essonne, a suspendu ses versements RSA à la CAF depuis juillet, faute de moyens — et prévient qu’il pourrait ne plus pouvoir payer dès décembre.
🔺 Le budget 2027 dévoilé jeudi (54 milliards d’économies) a immédiatement fait grimper les taux d’emprunt français à leur plus haut niveau depuis 2002, et plombé la Bourse de Paris.
🔺 Pendant ce temps, Goldman Sachs et Deutsche Bank construisent déjà des produits financiers pour parier sur la suite de la crise politique et budgétaire française.
LA FRANCE AU BORD DE LA CRISE
▸ 🔺 Un département français a arrêté de payer le RSA à la CAF : le signal d’alarme vient de l’Essonne. Depuis juillet, le Département de l’Essonne a suspendu ses versements du RSA à la CAF — la prestation continue d’être payée normalement aux allocataires, c’est le remboursement du Département à la CAF qui est gelé. Réunie en séance publique le 28 septembre, l’Assemblée départementale a voté son budget supplémentaire après un débat tendu sur le sujet. En cause : des recettes fiscales 37 millions d’euros sous les prévisions, dont 33 millions rien que sur les droits de mutation (les taxes perçues lors des ventes immobilières) — la conséquence directe d’un marché de l’immobilier toujours ralenti. En face, la facture du RSA explose : +9,7 % d’allocataires sur un an, plus que la moyenne régionale, pour un coût total de 228,5 millions d’euros, soit 21,1 millions de plus que prévu au budget. « Nous faisons face à un nouveau choc budgétaire violent et beaucoup plus violent que ce à quoi on s’attendait », a résumé Nicolas Samsoen, vice-président du Département chargé des finances, qui pointe surtout l’absence totale d’explication de cette hausse : ni la CAF ni l’État ne savent dire si elle vient d’un défaut de contrôle ou d’une réalité sociale nouvelle. Le président du Département, François Durovray, a été plus direct sur les réseaux : « Le RSA explose en Essonne : +13 % en un an, du jamais-vu. Je demande à la CAF de faire son travail de contrôle, et à l’État d’expliquer les raisons de ce dérapage. » Pour l’instant, le vote ne change rien pour les 32 000 allocataires essonniens, et le Département pense pouvoir payer en décembre malgré un trou de 5 millions d’euros restant. Mais le symbole est fort : après des années à jouer le jeu des contraintes imposées par l’État, un Département dit stop. En chiffres : suspension des versements à la CAF depuis juillet, 32 000+ allocataires RSA en Essonne, +9,7 % d’allocataires sur un an (+13 % selon le président du Département), 228,5 M€ de facture RSA (+21,1 M€ vs budget prévu), 37 M€ de recettes fiscales manquantes dont 33 M€ de droits de mutation immobilière.
▸ 🔺 À Wall Street, Goldman Sachs et Deutsche Bank proposent déjà de parier sur la crise française. À l’approche de la présidentielle d’avril 2027, les deux banques ont construit des « paniers » d’obligations françaises — dont des titres bancaires — permettant à leurs clients de miser sur une amélioration ou une dégradation de la situation politique et budgétaire du pays, sans avoir à acheter directement les titres. Concrètement, un investisseur qui redoute une crise peut parier sur la baisse de ces obligations et encaisser un gain si elles perdent de la valeur — un peu comme parier sur le prix d’un appartement sans l’acheter. Certains paniers incluent des obligations bancaires dites « AT1 » (Additional Tier 1), plus risquées que les obligations classiques : en cas de grave difficulté, la banque émettrice peut suspendre les intérêts et l’investisseur perdre une partie, voire la totalité, de sa mise. Or les AT1 des banques françaises ont justement moins bien résisté que celles de leurs concurrentes européennes ce dernier mois, les investisseurs exigeant une prime de risque plus élevée pour prêter aux établissements tricolores, directement exposés à la dette publique nationale. Goldman Sachs, de son côté, juge les dernières nouvelles budgétaires « décevantes » et prévoit un déficit de 5,3 % du PIB aussi bien en 2026 qu’en 2027 — soit aucune amélioration en deux ans — avec 15 % de probabilité que la dette dépasse 130 % du PIB avant la fin de la décennie. Les économistes de Berenberg vont plus loin : « la croissance s’essouffle, la politique budgétaire reste sur une trajectoire insoutenable, la dynamique des réformes est au point mort et les perspectives politiques semblent tout simplement effrayantes. » En chiffres : déficit prévu à 5,3 % du PIB en 2026 ET 2027 selon Goldman Sachs, 15 % de probabilité d’une dette supérieure à 130 % du PIB avant 2030, prime de risque des AT1 françaises en hausse pendant que la moyenne européenne baisse.
▸ Et cette semaine même, le marché a validé ces inquiétudes en temps réel : dans la foulée de la présentation du budget 2027 par Sébastien Lecornu, l’OAT française à 10 ans a touché jeudi son plus haut niveau depuis 2002, flirtant avec les 5 %, avant de légèrement refluer. L’écart de taux avec l’Allemagne (le fameux « spread ») a lui atteint son plus haut niveau depuis 2012. Le détail de ce budget : 54 milliards d’euros d’effort annoncés (43 milliards de mesures structurelles + environ 12 milliards déjà engagés en 2026) pour ramener le déficit de 5,4 % à 5 % du PIB, avec un prélèvement supplémentaire de 5,5 milliards d’euros sur les retraités, un gel du point d’indice des fonctionnaires, un gel des APL, une hausse des taxes sur autoroutes et aéroports (+800 millions d’euros), mais — le gouvernement insiste — sans toucher au barème de l’impôt sur le revenu, qui sera au contraire revalorisé de 2,1 % pour protéger 20 millions de foyers d’une hausse automatique de 4 milliards d’euros et éviter à 500 000 foyers supplémentaires d’entrer dans l’impôt.
IMMOBILIER
▸ 🔺 Le gouvernement veut raboter la fiscalité de la location meublée dès 2027. Dans son projet de budget, l’exécutif s’attaque au régime du « Loueur en meublé non professionnel » (LMNP), utilisé par 1,37 million de bailleurs particuliers sur 6 millions. Objectif affiché : réduire l’écart avec la location nue, alors que la part des logements meublés a doublé en 15 ans dans les grandes villes françaises. Concrètement, la déductibilité des amortissements serait plafonnée à 2,5 % de la valeur du bien par an, dans la limite de 7 000 € par foyer fiscal — contre un plafond illimité aujourd’hui. Pour un appartement acheté 200 000 € et loué meublé, le propriétaire ne pourrait plus déduire que 5 000 € par an de ses revenus locatifs, contre des montants bien plus élevés aujourd’hui pour certains biens. Le « report illimité » des amortissements non utilisés, l’un des plus gros avantages du statut, serait lui aussi limité à la moitié des bénéfices déductibles chaque année, et plafonné à 10 ans (contre une durée illimitée actuellement). Pour les meublés touristiques, le taux tomberait à 1,5 % par an, plafonné à 5 000 €. Les professionnels sont divisés : « le rééquilibrage fiscal était nécessaire », juge Loïc Cantin (Fédération nationale de l’immobilier), quand Pascal Boulanger (Fédération des promoteurs immobiliers) dénonce un gouvernement qui « est en train de piéger le système » en rabotant le seul dispositif qui marchait, pendant que le nouveau dispositif Jeanbrun censé le remplacer peine à décoller (environ 300 réservations par mois contre 4 000 espérées). En chiffres : 1,37 million de bailleurs LMNP concernés, amortissement plafonné à 2,5 %/an (1,5 % pour le touristique), économie attendue de 200 millions d’euros par an pour l’État.
▸ 🔺 La France compte désormais seulement 57,3 % de propriétaires, et ce taux ne bouge plus depuis des années. C’est un recul historique après des décennies de progression quasi continue, qui s’explique par trois facteurs qui se cumulent : des prix toujours élevés après la flambée de 2015-2022, un apport personnel désormais exigé de 18 à 22 % par les banques contre environ 10 % en 2020, et des logements classés F ou G au DPE qui imposent des travaux de rénovation coûteux, amputant le pouvoir d’achat immobilier de 15 à 25 %. La fin programmée des taux de crédit à moins de 1 % a fait le reste : même redescendus depuis leurs pics de 2023, les taux restent bien au-dessus de leurs plus bas historiques, et la part des ménages qui accèdent à la propriété avec un crédit continue de reculer. Les moins de 35 ans sont les plus touchés, avec un taux de propriétaires tombé sous les 35 % dans cette tranche d’âge.
▸ Le nouveau barème de l’impôt sur le revenu 2027 est connu : revalorisé de 2,1 %, il maintient les tranches à 0 % jusqu’à 11 844 €, 11 % jusqu’à 30 200 €, 30 % jusqu’à 86 353 €, 41 % jusqu’à 185 737 € et 45 % au-delà. Pour un foyer propriétaire ou en cours d’accession, c’est une bouffée d’air qui contraste avec le reste du budget : pas de hausse d’impôt sur le revenu, mais un gel des APL et un rabot sur le LMNP qui, eux, pèsent directement sur le logement.
▸ Le crédit immobilier confirme sa remontée, chiffres à l’appui. Le baromètre Pretto du 20 septembre affichait déjà 3,38 % sur 15 ans, 3,52 % sur 20 ans et 3,67 % sur 25 ans — soit +0,11 point en moyenne à la rentrée (seulement +0,05 point pour les meilleurs dossiers, qui décrochent encore 3,19 % à 3,35 % selon la durée). L’Observatoire Crédit Logement/CSA, plus lent à réagir, pointait 3,31 % en août, quand la Banque de France l’évaluait à 3,30 % en juillet. Trois baromètres, trois méthodes, une seule direction : ça remonte.
▸ Conséquence directe : le taux d’usure, le plafond légal que les banques ne peuvent pas dépasser, grimpe lui aussi. Depuis le 1er octobre et jusqu’au 31 décembre, la Banque de France le fixe à 4,09 % sur moins de 10 ans, 4,68 % sur 10 à 20 ans, 5,40 % sur 20 ans et plus, 5,52 % en taux variable et 6,49 % pour un prêt relais — une hausse de 0,11 point sur le trimestre, concentrée sur les prêts longs.
▸ Le PTZ ne devrait pas s’arrêter en 2027. Sébastien Lecornu l’a promis en présentant le budget : le prêt à taux zéro, censé expirer le 31 décembre 2027, sera prolongé au-delà (sans date précise pour l’instant) et ouvert à un nouveau public, les ménages avec un enfant à naître ou né depuis moins de trois ans — un « PTZ parentalité » pensé pour aider les familles qui s’agrandissent à viser plus grand. Le logement social, lui, garde ses 500 millions d’euros de budget.
▸ Une bonne nouvelle en trompe-l’œil côté DPE : la réforme entrée en vigueur au 1er janvier (le fameux coefficient électricité abaissé de 2,3 à 1,9) reclasse à elle seule environ 850 000 logements, sans qu’aucuns travaux n’aient été réalisés. Pour les logements chauffés à l’électricité, un F peut devenir un E, de quoi échapper à l’interdiction de location prévue en 2028. Le revers de la médaille : ces logements retrouvent une valeur locative sur le papier, avec le risque de faire grimper les loyers dans les zones déjà tendues, sans qu’aucune vraie rénovation énergétique soit derrière.
▸ Le dispositif Jeanbrun confirme son démarrage poussif, mais Nexity veut le relancer autrement. Seulement 200 à 300 ventes par mois sont réalisées grâce à ce nouveau statut du bailleur privé, contre 4 000 espérées par la profession — chez Nexity, premier promoteur de France, à peine 300 logements ont trouvé preneur depuis le lancement, pour 3 850 opérations au total au premier semestre 2026 (contre 12 000 réservations sur toute l’année 2025). Certains gestionnaires de patrimoine jugent le dispositif réservé aux plus hauts revenus, puisque l’avantage — une déduction, pas un crédit d’impôt comme l’ancien Pinel — grandit avec le taux marginal d’imposition. Nexity réplique avoir identifié 700 logements, notamment à Tarbes, Colomiers ou Creil, où un investisseur imposé à 11 % n’aurait que 300 € par mois à sortir de sa poche — à condition de trouver un locataire, sous peine de perdre l’avantage fiscal si le bien reste vacant plus de 12 mois.
▸ Nouveau coup de pouce, cette fois pour les ménages modestes : le leasing social sur les pompes à chaleur est disponible depuis le 1er octobre. Porté par la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon, il permet de mensualiser sur trois ans l’installation d’une pompe à chaleur en remplacement d’une chaudière au gaz ou au fioul, sans avance de trésorerie et sans faire grimper la facture par rapport à l’ancien système de chauffage — celle-ci pourrait même être divisée par deux une fois la PAC remboursée. Objectif : 55 000 pompes à chaleur installées sur deux ans, pour une aide moyenne de 9 800 € par ménage et un coût global de 540 millions d’euros financé par les Certificats d’économies d’énergie. Le budget 2027 prévoit par ailleurs d’avancer le versement du chèque énergie à janvier plutôt qu’avril, pour environ 4,5 millions de foyers.
▸ Toujours dans le budget 2027 : les étudiants de familles aisées devront choisir entre APL et avantage fiscal de leurs parents. Au-delà du gel des APL déjà annoncé, le projet de loi de finances instaure un « droit d’option » pour les foyers les plus aisés : un étudiant rattaché au foyer fiscal de ses parents devra choisir entre toucher ses APL ou laisser ses parents bénéficier de la majoration de quotient familial ou de la déduction de pension alimentaire liée à ce rattachement. Le gouvernement chiffre l’écart — 2 160 € d’APL en moyenne par an pour un étudiant, contre un avantage fiscal pouvant aller jusqu’à 1 807 € par demi-part et jusqu’à 6 855 € par enfant de pension alimentaire déductible — et précise qu’environ un tiers des étudiants boursiers APL appartiennent à un foyer classé parmi les 20 % des ménages les plus aisés.
▸ Les banques, elles, veulent profiter du débat budgétaire pour faire sauter un autre verrou : la règle des 35 % d’endettement. Dans sa plateforme pour la présidentielle de 2027, la Fédération bancaire française demande la suppression du caractère contraignant des règles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) — notamment ce plafond de taux d’effort et la durée maximale de 25 ans pour un crédit immobilier — jugé trop administratif, surtout pour les primo-accédants aux revenus encore modestes. L’argument tombe alors que l’écart de taux entre ménages se creuse : les foyers gagnant moins de 40 000 € nets par an empruntent désormais à 3,75 % en moyenne (contre 3,60 % en août), contre seulement 3,30 % pour les foyers au-dessus de 120 000 € de revenus annuels.
BOURSE
▸ 🔺 Le CAC 40 cède 2,24 % sur la semaine, directement plombé par l’envolée des taux français. Après un lundi quasi stable (8 078,48 points, +0,01 %), l’indice parisien a plongé de plus de 1,6 % jeudi, dans la foulée de la présentation du budget 2027 et de la flambée de l’OAT à 10 ans vers les 5 %. Vendredi, un rebond de +0,79 % (clôture à 7 897,19 points) a limité la casse, porté par la décision du G7 de libérer jusqu’à 100 millions de barils de diesel et de brut sur quatre mois, qui a fait reculer le pétrole (Brent à 101,47 $, -0,8 % ; WTI à 90,93 $, -2,1 %) et détendu un peu les taux (OAT redescendue à 4,87 %, 10 ans américain à 5,24 %). Sur la semaine, Air Liquide (+2,94 %) et Dassault Systèmes (+2,62 %) ont tiré leur épingle du jeu, quand Schneider Electric (-6,88 %) et Hermès (-2,23 %) ont le plus souffert. Autres indicateurs de la semaine : l’or à 4 155,78 $ l’once (signe classique de nervosité des marchés), l’euro à 1,1194 $ et un indice VIX à 15,31, encore contenu malgré la secousse obligataire.
▸ Dans le détail, Legrand a signé la meilleure performance du CAC 40 de la semaine (+6,08 % sur la seule séance de mardi) en relevant ses ambitions : le groupe vise désormais une croissance organique annuelle de 6 % à 8 % entre 2027 et 2030, contre 3 % à 5 % dans son précédent plan dévoilé en 2024. Schneider Electric en a profité par ricochet (+2,01 % dans la foulée) — la preuve, comme pour Société Générale la semaine dernière, que les histoires individuelles continuent d’exister dans un marché sous tension.
▸ À l’inverse de Paris, Wall Street a plutôt aimé sa semaine. Vendredi, le marché américain a salué un rapport sur l’emploi plus faible que prévu en se disant que ça laisse la Fed sur un statu quo plutôt que sur une nouvelle hausse : Dow Jones +0,49 %, S&P 500 +0,73 %, Nasdaq +1,19 %. Une mauvaise nouvelle économique qui devient une bonne nouvelle boursière, le grand classique du marché américain.
▸ Sur les marchés obligataires, les États-Unis ne sont pas épargnés non plus : le rendement des bons du Trésor à 30 ans a touché cette semaine son plus haut niveau depuis 22 ans. De quoi relativiser un peu le mal français : la tension sur les taux longs est mondiale, Paris n’en est que l’épicentre le plus visible cette semaine.
▸ Avant le repli de vendredi, le Brent avait grimpé jusqu’à 107 dollars le baril en milieu de semaine (contre 90 dollars début septembre) sur fond de tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz — une flambée qui explique une bonne partie de la remontée simultanée des taux obligataires partout en Europe, pas seulement en France.
▸ Le secteur bancaire français a payé le plus lourd tribut à la flambée des taux souverains jeudi : Société Générale, Crédit Agricole et BNP Paribas ont perdu entre 3,6 % et 5 % sur la seule séance, directement pénalisées par les craintes sur la dette publique — un écho direct aux obligations bancaires AT1 évoquées plus haut. À Londres, NatWest (-5,3 %) et HSBC (-4 %) ont souffert par ricochet.
▸ Sanofi a tiré son épingle du jeu en élargissant sa collaboration avec l’américain Regeneron dans les anticorps à action prolongée : le laboratoire français versera 1 milliard d’euros de paiement initial pour développer et commercialiser ensemble quatre nouveaux programmes, dans la continuité d’un partenariat qui a déjà donné naissance au Dupixent.
▸ Kering, à l’inverse, a cédé 2 % à 212,80 € après une note d’analystes de JPMorgan jugeant que la reprise de la demande chinoise — marché crucial pour le groupe de luxe — ne serait pas aussi rapide qu’espéré.
CRYPTO
▸ 🔺 Le Bitcoin reste scotché entre 82 000 et 85 000 dollars, insensible au séisme obligataire français. Après avoir brièvement dépassé les 85 000 $ mercredi grâce à des chiffres d’inflation américaine plus faibles que prévu, le BTC n’a pas réussi à tenir ce niveau, prolongeant plus d’une semaine d’évolution chaotique et latérale. Les ETF Bitcoin au comptant ont d’ailleurs enregistré mercredi une sortie nette de 148,7 millions de dollars, mettant fin à une série positive de neuf jours, et le ratio d’absorption des flux ETF est tombé de 25,6x à seulement 1,8x en une semaine — un signe net d’essoufflement de la demande institutionnelle à court terme. Sur Polymarket, les traders restent prudents pour la suite de l’année : seulement 32 % de probabilité que le Bitcoin atteigne 100 000 $ d’ici fin 2026, et 72 % de probabilité d’un retour sous les 75 000 $ avant décembre.
▸ Du côté des altcoins, la performance reste très sélective cette semaine : Stacks (STX) se distingue avec un bond de 26 %, pendant que la majorité des autres actifs du marché stagnent dans le sillage du Bitcoin. Les actions américaines liées aux cryptomonnaies ont, elles, suivi le léger rebond du BTC (environ +2 % vendredi).
▸ Gros changement de personnel à la SEC : Hester Peirce, commissaire surnommée « Crypto Mom » pour ses positions favorables au secteur, a officiellement quitté le régulateur américain le 2 octobre. Elle laisse plusieurs dossiers de règles crypto en plein chantier, avec la période de commentaires publics encore ouverte sur certains textes — un vide qui inquiète une partie de l’industrie en pleine construction du cadre réglementaire américain.
▸ Les flux ETF racontent un marché à deux vitesses. Les ETF Bitcoin au comptant américains enchaînent une troisième semaine consécutive d’entrées nettes (241 millions de dollars sur la dernière période), preuve d’une demande institutionnelle qui reste régulière. À l’inverse, les ETF Ethereum essuient des sorties nettes sur plusieurs séances (environ 118 à 138 millions de dollars), malgré un bon trimestre pour la crypto — un vrai désamour de court terme après le rush institutionnel de septembre.
▸ Côté prix, l’Ethereum bute sur la même zone depuis plusieurs jours : une résistance à 2 800-2 825 dollars qu’il n’arrive pas à franchir, avec un support autour de 2 645-2 660 dollars. Fait notable : plus de 35 % de l’offre totale d’ETH est désormais immobilisée en staking, soit près de 119 milliards de dollars — un signe que les détenteurs de long terme, eux, ne vendent pas.
▸ Solana et XRP, plus discrets, tirent quand même leur épingle du jeu cette semaine avec de petites entrées nettes sur leurs ETF respectifs (2,4 et 4,7 millions de dollars) — de quoi montrer que l’appétit institutionnel ne se limite plus aux deux seules grosses capitalisations.
▸ Sur le plan réglementaire, le flou reste entier aux États-Unis. Le Clarity Act, censé clarifier le statut juridique des cryptoactifs, demeure enlisé au Sénat américain, tandis que la Réserve fédérale planche sur de nouvelles règles pour encadrer les émetteurs de stablecoins — réserves intégralement liquides, exigences de fonds propres — actuellement soumises à consultation publique. Un cadre encore incertain qui n’empêche pas les flux institutionnels de continuer à affluer vers les ETF.
L’ÉCONOMIE FRANÇAISE EN BREF
Le gouvernement vise un déficit ramené de 5,4 % à 5 % du PIB en 2027 grâce à 54 milliards d’euros d’effort. Goldman Sachs, elle, ne croit pas à cette trajectoire et table sur 5,3 % aussi bien en 2026 qu’en 2027. La croissance reste limitée à environ 0,4 % cette année, et le risque de récession évoqué par l’Insee fin août n’a pas disparu. Entre un marché obligataire qui a réagi en quelques heures à la présentation du budget et un Département qui ne parvient plus à financer ses aides sociales, le fossé entre les annonces gouvernementales et la réalité du terrain n’a rarement semblé aussi visible.
CE QUI SE CROISE CETTE SEMAINE
Le fil le plus frappant de la semaine relie directement l’immobilier à la crise de l’Essonne : si le Département n’arrive plus à payer la CAF, c’est en partie parce que le marché immobilier ralenti lui a fait perdre 33 millions d’euros de droits de mutation — ces taxes prélevées à chaque vente. Un marché de l’immobilier en berne, ce n’est donc pas qu’un problème pour les acheteurs et les vendeurs : c’est aussi, très concrètement, moins d’argent pour financer les minima sociaux dans les territoires. Et l’Essonne n’est sans doute pas un cas isolé : la plupart des départements français financent le RSA avec les mêmes recettes.
Deuxième fil, plus direct encore : la Bourse et le marché obligataire ont validé en quelques heures le pari de Goldman Sachs et Deutsche Bank. Ces banques avaient construit des produits financiers pariant sur une dégradation de la situation budgétaire française autour de la présidentielle — et dès le lendemain de la présentation du budget 2027, l’OAT à 10 ans touchait son plus haut niveau depuis 2002, le spread avec l’Allemagne son plus haut niveau depuis 2012, et le CAC 40 perdait 2,24 % sur la semaine. Ce n’est pas une coïncidence : les obligations bancaires AT1 françaises, justement citées dans les produits de Wall Street, sont exposées à la dette publique du pays via les bilans des banques elles-mêmes.
Troisième fil, une divergence cette fois : pendant que la France « sue » sur sa dette, le Bitcoin reste quasiment imperturbable, coincé dans sa fourchette des 82 000-85 000 dollars. La crise budgétaire française, pour l’instant, reste perçue par les marchés comme un risque local et européen plutôt que comme un choc systémique mondial — la crypto continue de réagir avant tout aux données américaines (inflation, Fed, flux ETF).
Dernier fil : le gel des APL dans le budget 2027, la suspension du RSA en Essonne et le rabot sur la fiscalité LMNP dessinent, ensemble, une même tendance — l’État et les collectivités resserrent les aides au logement et les minima sociaux au moment précis où se maintenir propriétaire ou simplement se loger devient plus difficile pour une partie croissante des Français (57,3 % de propriétaires, en recul).
Autre fil à tirer cette semaine : l’État joue sur deux tableaux opposés en matière de logement. D’un côté, il resserre l’étau sur les APL étudiantes des familles aisées et rabote la fiscalité de la location meublée ; de l’autre, il lance un coup de pouce ciblé — le leasing social sur les pompes à chaleur — pour les ménages vraiment modestes, et avance même le versement du chèque énergie à janvier. Le message est cohérent sur le papier (recentrer les aides sur les plus fragiles), mais le flop du dispositif Jeanbrun, qui patine à 200-300 ventes par mois malgré sa panoplie d’avantages fiscaux, montre la limite de l’exercice : rendre le logement abordable à construire ou à louer ne se décrète pas uniquement par des niches fiscales, surtout quand les banques elles-mêmes réclament un assouplissement de leurs propres règles d’octroi de crédit (la fameuse limite des 35 % que la Fédération bancaire française veut supprimer).
Et du côté des marchés, un dernier écho : la nervosité sur la dette française observée en Bourse cette semaine n’a pas seulement touché les obligations d’État — elle a directement plombé en direct les banques françaises (Société Générale, Crédit Agricole, BNP Paribas), les mêmes établissements qui réclament par ailleurs cet assouplissement des règles de crédit immobilier. Les acteurs qui subissent le plus la défiance des marchés sur la dette publique sont aussi, très concrètement, ceux qui tiennent les clés du robinet du crédit immobilier des Français.
Cet article en vidéo :
Tous les Lundi entre 13h et 14h je couvre l’actualité en live sur la chaine YouTube ! Abonne toi !!
Contenu informatif et journalistique, ne constituant pas un conseil en investissement personnalisé. Les données de marché évoluent en temps réel et peuvent avoir changé au moment de la lecture.